LE PATRIOTE RÉSISTANT


Lu dans la livraison de novembre

Les nazis ouvrirent quinze camps dans la région isolée de l'Emsland (nord-ouest de l'Allemagne), qui ont été regroupés sous l'appellation « camps des Marais ». Ils furent entre 1933 et 1945 des lieux de souffrance pour des catégories très diverses de détenus, plus de 200 000, qui y vécurent souvent dans des conditions abominables.
 


Une histoire peu connue  dans ses aspects multiples
Les « camps des Marais »

     Le « Chant des Marais », ce Lied der Moorsoldaten qui est en quelque  sorte notre hymne international des déportés, a été créé, on le sait, dans le camp de Börgermoor, camp de concentration ouvert parmi les premiers KZ en juin 1933. Le mot « Moor » signifie marais, et la région de la rivière Ems (le « Emsland ») était en effet à l'époque une vaste zone, le long de la frontière des Pays-Bas, marécageuse et inculte, de quelque 85 km sur 35 à 60 km de large. L'isolement des détenus et la volonté d'éviter les évasions avaient fait choisir cette province déshéritée. Mais une autre raison explique ce choix : on voulait depuis longtemps drainer et mettre en valeur sur le plan agricole cette région supposée fertile (1). Ceci explique la construction successive de toute une série d'autres camps durant les 12 ans du nazisme. Ce sont au total quinze camps qui seront construits, avec des destinations diverses, seuls trois d'entre eux étant un certain temps des camps de concentration proprement dit. Le régime, dans les autres « camps des Marais », tous les témoignages le confirment, ne le cédait d'ailleurs en rien en brutalité, en cruauté, en violence aux KZ véritables, un travail épuisant étant, par surcroît, caractéristique de tous ces camps dès les premières années, à la différence des camps de concentration.

Ouverture de nouveaux sites


    La construction par des détenus du camp de Börgermoor, prévu pour 1 000 prisonniers, débuta donc en juin 1933 sous la surveillance de gardes SS. Ceux-ci faisaient régner une vraie terreur, qui s'étendait même à la population locale, à tel point que dès le mois de novembre ces SS furent remplacés par une garde recrutée localement. Parallèlement on construisait en août un camp « double », c'est-à-dire pour 2 000 détenus, à Esterwegen, un peu à l'est, et en septembre un nouveau camp pour 1 000 internés à Neusustrum, près de la frontière néerlandaise, plus au sud. Un quatrième KZ était encore prévu près de ce dernier, mais il ne fut mis en service que comme centre d'entraînement pour les gardiens SA. Ces camps de concentration furent assez vite « réputés » comme des lieux de terreur, bien qu'une amnistie partielle ait fait libérer 1 200 ou 1 500 détenus en décembre 1933.
    Himmler, ayant pris en main l'ensemble des forces de police du pays, décida bientôt de centraliser et rationaliser la gestion des camps de concentration. Börgermoor et Neusustrum cessèrent d'avoir ce rôle en avril 1934, Esterwegen restant dès lors le seul « camp des Marais » appartenant au régime concentrationnaire, avec un commandant SS et, dès le mois d'août, le règlement féroce mis au point par le commandant de Dachau, Eicke, devenu « Inspecteur des KZ ».
    C'est parallèlement que se mit en place une « organisation nouvelle » (Neuordnung) dès le mois d'avril 1934, qui vit se multiplier les camps d'internement, mais pour d'autres victimes. L'administration pénitentiaire avait été chargée de transférer un grand nombre de ses détenus des prisons et centres de détention classiques vers des camps du nord de la province Emsland. Il s'agissait de « recréer la paysannerie de l'Emsland » et pour cela, en l'espace de 10 ans, de donner à 2 300 nouveaux colons 50 000 hectares, défrichés à la main et viabilisés. Quatre des camps existants (Neusustrum, Oberlangen, Brual-Rhede et Börgermoor) passèrent ainsi sous la coupe du ministère de la Justice entre avril et juillet 1934, suivis l'année suivante par deux autres, Aschendorfermoor et Walchum en avril et mai. Finalement, le KZ d'Esterwegen vit changer sa population de détenus. À sa création, il avait reçu surtout des communistes, également des socialistes, et par la suite des membres d'autres partis, syndicalistes, intellectuels (le journaliste et écrivain Carl von Ossietzky, Prix Nobel de la Paix 1936, fut le plus célèbre d'entre eux), des juifs et après 1935 aussi des Témoins de Jéhovah. En avril 1936 un nouveau commandant du camp, Koch, fut nommé. Durant l'été on décida la dissolution d'Esterwegen en tant que camp de concentration, et des détenus, sans doute un millier, furent transférés à Sachsenhausen, pour participer à sa construction. Début janvier 1937, l'administration de la Justice en prenant possession, Esterwegen devenait le septième camp « pénitentiaire » de l'Emsland, avec des gardes SA toujours aussi brutaux et inhumains.
    Les grands travaux d'assèchement des marais de cette région avaient été entamés par les jeunes du « Service du travail ». Activité volontaire depuis 1926 ce service, sous les nazis, était devenu obligatoire à l'âge de 18 ans en 1935 comme une sorte de mobilisation de six mois par le Reichsarbeitsdienst (RAD). En 1938, certains des jeunes du RAD utilisés dans l'Emsland furent transférés vers d'autres tâches, et il fallut les remplacer. On opta pour les détenus des prisons, pour lesquels on devrait encore construire des camps supplémentaires. Résultat : en mai et juin 1938 une série de nouveaux sites furent transformés en camps, prévus en général chacun pour 1 000 détenus, tous situés dans la région méridionale de l'Emsland, le long de la frontière néerlandaise. Les camps de la première génération, dans la zone nord, portaient des numéros (en chiffres romains) de I à VII. La numérotation se poursuivit pour ce nouveau groupe, atteignant finalement le numéro XV. Mais cette extension connut des hauts et des bas, et des aléas surprenants. On a ici un exemple étonnant de l'improvisation qui sévit sous les nazis, contredisant tout ce qu'on a toujours pensé typique de l'organisation allemande.
    On décide donc de construire de nouveaux camps pour le ministère de la Justice. L'un est prêt en mai 1938, trois autres en juin. Mais il devient aussitôt évident qu'on ne pourra les mettre en service. Hitler a décidé qu'il fallait construire des fortifications le long des frontières belge et française, ce que l'on appelait en riant la « Ligne Siegfried » en Angleterre et en France, le « Mur de l'Ouest » (Westwall) pour les Allemands. Pour héberger les ouvriers employés à ces travaux, il faut des baraques. Le Führer décide simplement qu'on démonte aussitôt tout ou partie des installations des camps juste terminés. Au total on va démonter et envoyer ailleurs 108 baraques, avec 2 000 détenus. Un seul des nouveaux camps (Fullen, n° X) est mis en service, mais c'est pour accueillir ce qui restera dans la région des membres du RAD. Lui seul recevra encore des condamnés, 800 hommes seront encore là en octobre, les derniers constructeurs de ces nouveaux camps.

Des camps pour prisonniers de guerre


    Il faut donc aussitôt recommencer à monter, aussi vite que possible, des baraques pour remplacer celles qui ont été détournées pour le Westwall, afin d'ouvrir enfin les camps destinés au ministère de la Justice. Courant 1939, cet ensemble de camps nouveaux offrait enfin de la place pour environ 7 500 prisonniers. Quatre d'entre eux (XI à XIII et XV) restèrent pourtant inoccupés plusieurs mois, et un peu plus de 2 500 prisonniers furent répartis dans les camps IX, X et XIV. Pour peu de temps : le 1er septembre 1939, Hitler envahit la Pologne, rapidement écrasée, et dont l'armée est faite prisonnière. Le 29 septembre, c'est le Commandement suprême de la Wehrmacht (OKW) qui décide de réquisitionner neuf des 15 camps de l'Emsland pour y héberger ses prisonniers de guerre, les camps VI (Oberlangen) et VIII à XV, les huit camps les plus récents, au sud de la province. C'est donc, après les concentrationnaires, puis les détenus condamnés par la Justice, une nouvelle catégorie de victimes qui va s'entasser dans certains camps de l'Emsland : les prisonniers de guerre. Ces camps seront rattachés momentanément ou durablement aux Stalag VI B et C.
    Les premiers prisonniers de guerre sont naturellement des Polonais, qui seront suivis en 1940 par des Français. Le camp XIV, Bathorn, est un certain temps le camp central du Stalag VI C, à la tête d'un ensemble de quatre camps annexes (XI à XIII et XV). Prévu pour recevoir 5 500 prisonniers, il en comptera plus de 16 500 (dont 13 000 Français) en septembre 1940, pour atteindre un maximum de plus de 27 000 en septembre 1941 (avec 11 441 Français et près de 14 000 Soviétiques). D'une façon générale, on peut dire que tous les camps de la région sud (VIII à XV) ainsi qu'Oberlangen ont reçu des prisonniers de guerre soviétiques par milliers pour des durées plus ou moins longues. On cite également le cas particulier d'officiers et surtout d'aspirants polonais, quelque 1 800 au total, qui furent internés à Oberlangen (environ 1 200), Fullen (environ 400) et Wesuwe (environ 200).
    Avec la guerre contre l'URSS, les priorités d'Hitler évoluent. Défricher les marécages n'est plus aussi urgent, et la main-d'¦uvre carcérale doit être employée à des tâches plus immédiatement utiles, dans l'agriculture, ou dans des entreprises travaillant pour la guerre, dans la région ou ailleurs. On envoie même, en août 1942, 2 000 détenus des camps de l'Emsland dans un camp nouvellement créé au nord de la Norvège afin de travailler pour l'Organisation Todt à des fortifications et à la construction de voies de transport. Ce « Kommando Wiking » connaîtra une forte mortalité. Un autre groupe de détenus de l'Emsland sera envoyé en octobre 1943 dans le nord de la France « Mission spéciale X » pour des travaux du même genre.

Des NN à Esterwegen


    Le complexe des « camps des Marais » est une réalité mouvante, et il mènerait trop loin de vouloir la décrire de façon détaillée. En effet, bien des catégories spéciales de détenus se sont succédé ou ont cohabité dans ces camps. À partir de 1939, par exemple, on trouvait dans les six camps du nord de nombreux condamnés militaires, soldats de la Wehrmacht accusés de délits divers. En 1945, 3 000 d'entre eux furent rassemblés au camp II (Aschendorfermoor). Des déportés NN ont été également regroupés au camp d'Esterwegen en mai 1943. Ces résistants néerlandais, belges et français, condamnés à l'anonymat et à la déportation par l'Ordonnance Keitel de décembre 1941, furent en partie jugés par le « Tribunal du Peuple » (Volksgerichtshof) d'abord à Papenburg, une ville voisine, puis au camp même. À partir de mars 1944, on les envoya en Silésie, à Gross-Strehlitz, puis au KZ de Gross-Rosen. En mai 1944 il restait encore environ 800 NN à Esterwegen, surpeuplé (on avait brièvement expédié 500 ou 600 NN à Börgermoor en février pour soulager le camp).
    D'autres catégories de détenus sont passés plus ou moins provisoirement dans les « camps des Marais ». Ainsi on y trouve à partir d'octobre 1943 plusieurs milliers d'Italiens, des militaires arrêtés après l'armistice signé par Badoglio et classés « Internés Militaires Italiens » (IMI), dans les camps de Versen et de Fullen. Il y en eut jusqu'à 12 100 en mai 1944, dont environ la moitié étaient des officiers. Une autre catégorie de détenus envoyés dans ces camps était constituée de concentrationnaires envoyés du KZ Neuengamme dans les camps IX et XII, Versen et Dalum. De septembre à novembre 1944, 2 500 détenus de Neuengamme sont expédiés dans ces deux camps. Ils doivent travailler à la construction d'un « Friesenwall » (Mur de la Frise, la région immédiatement au nord de l'Emsland). Ce sont des travaux totalement inutiles militairement, mais qui seront meurtriers par la durée du travail, le froid en hiver et l'humidité constante, la sous-alimentation et les mauvais traitements. De novembre 1944 à mars 1945, plus de 800 des détenus venus de Neuengamme resteront à Dalum, et 1 773 à Versen. On compte que 570 d'entre eux sont morts au travail, et 300 autres en transport ou après leur retour au camp de Neuengamme. En mars 1945, les détenus de Dalum sont évacués à pied, avec plus d'une vingtaine de morts.
    Disons enfin que c'est seulement dans la dernière période de la guerre que des femmes furent internées dans le camp VI des Marais, Oberlangen. Il s'agit de 1 700 Polonaises, membres de l'armée Armia Kraiowa qui avait pris part au soulèvement de Varsovie. C'est justement un détachement blindé polonais intégré aux troupes alliées qui délivra ce camp.

L'hébergement des DP


    Ce sont les troupes canadiennes qui libéreront peu à peu, à partir du mois d'avril 1945, les camps de l'Emsland. Le camp n° II, Aschendorfermoor, avait été choisi pour rassembler les quelque 3 000 condamnés militaires et prisonniers dépendant du ministère de la Justice encore présents dans l'ensemble des camps du nord des Marais. Il avait subi les 18 et 19 avril un sévère bombardement et mitraillage de la RAF, destiné à détruire des batteries d'artillerie nazie installées au contact du camp. Les bombes incendiaires mirent le feu au camp qui fut totalement détruit, et environ 50 détenus furent tués. C'est dans ce même camp n° II que venait de se terminer l'extravagante odyssée du « capitaine de Muffrika » (2), celle d'un caporal nazi de 19 ans qui avait revêtu une tenue de capitaine trouvée au hasard des routes, et avait fait croire à des fuyards de la Wehrmacht qu'il avait mission de continuer à lutter, puis qui, sous le nom de capitaine Herold, les entraîna justement au camp d'Aschendorfermoor et, entre le 12 et le 18 avril, fit assassiner environ 150 prisonniers.
    Comme pour les autres camps, les libérations s'échelonnèrent en fonction des problèmes et des possibilités. Les prisonniers de droit commun virent leurs cas vérifiés par les autorités d'occupation britanniques et furent, le cas échéant, retournés aux mains des services de la Justice. Plusieurs des camps étaient soit détruits, comme celui d'Aschendorfermoor, soit inutilisables pour d'autres raisons. Les prisonniers de guerre des pays de l'est, Polonais et Soviétiques en particulier restèrent parfois en attente durant un certain temps, entre autres aux camps XI de Gross-Hesepe et XV d'Alexisdorf. Le camp d'Esterwegen, lui, reçut à partir de l'été 1945 des internés présumés criminels de guerre, puis jusqu'en 1951 les condamnés de cette catégorie. Mais l'utilisation la plus massive des anciens camps nazis consista en l'hébergement des « Personnes déplacées » (Displaced persons, DP), civils de nombreux pays qui ne pouvaient ou ne voulaient pas rentrer dans leur patrie d'origine et, le plus souvent, espéraient pouvoir émigrer dans un pays de leur choix. Une demi-douzaine des « camps des Marais » servirent ainsi d'abri transitoire à des DP. On en comptait au total quelque 21 000 dans l'Emsland à la fin de 1946, dans leur immense majorité des Polonais (19 788 à cette date). Le seul camp hébergeant des DP non-Polonais, souvent originaires des pays baltes, était alors Gross-Hesepe.
    Une autre catégorie de personnes qui « bénéficièrent » de l'hébergement dans les anciens camps nazis est constituée des civils allemands évacués dans les derniers mois de la guerre des régions orientales devant l'avance des troupes soviétiques ou, par la suite, des habitants des régions cédées à l'URSS, à la Pologne, à la Tchécoslovaquie ou à d'autres pays. Ce fut le cas pour les camps III, Brual-Rhede, de 1953 à 1961, VII, Esterwegen, jusqu'en 1959, et XIV, Bathorn, de 1945 au début des années 1950. Mais ce sont surtout les services de la Justice qui continuèrent à utiliser ces camps comme prisons. Ce fut le cas pour Börgermoor jusqu'aux années 1960, de Brual-Rhede, de Neusustrum (annexe de la prison de Lingen jusqu'aux environs de 1955), d'Esterwegen, devenu prison de droit commun de 1947 à 1951, et de Bathorn, annexe de prison dans les années 1950.

 ***

    La période qui suivit la fin de la guerre n'est pas celle qui nous concerne ou nous intéresse directement. Elle n'a été décrite ici que pour être complet et, en même temps, pour rendre compte de la complexité de la période qui suivit, dans l'Allemagne vaincue, la fin d'une guerre tragique aussi pour la population, quelle qu'ait pu être sa responsabilité. Ce qu'il faut retenir en ce qui concerne le terrible ensemble des « camps des Marais », c'est qu'entre 1933 et 1945 plus de 200 000 hommes (et un petit nombre de femmes) y ont été enfermés dans des conditions souvent épouvantables. Il faut savoir que dans ce nombre, en plus de 12 000 détenus des KZ, on compte environ 66 500 personnes condamnées par les tribunaux (ce qui ne doit évidemment pas signifier qu'il s'agissait dans tous les cas de prisonniers « de droit commun » au sens français, puisque les lois répressives nazies prévoyaient de lourdes peines pour d'innombrables actes qui auraient été considérés ailleurs comme d'une grande banalité, et dont bon nombre pourraient être considérés comme ressortissant au domaine politique. S'y ajoute plus de 100 000 prisonniers de guerre surtout soviétiques, français et polonais, et plus de 10 000 « IMI » (Internés Militaires Italiens). La région de l'Emsland compte, il faut aussi le savoir, neuf cimetières rassemblant les restes de plus de 20 000 anciens internés ou déportés.
    Les « camps des Marais » restent une notion vivante dans la mémoire de la déportation. Ils constituent pourtant un phénomène infiniment plus complexe qu'on ne l'imagine en général en France. Il m'a semblé utile de saisir l'occasion de la parution de la cinquième édition du guide conçu par le directeur du Mémorial des camps de l'Emsland (3), Kurt Buck, pour retracer cette histoire et en préciser les grandes lignes.

                                                                              Jean-Luc BELLANGER


n Buck, Kurt, Auf der Suche nach den Moorsoldaten, Emslandlager 1933-1945 und die historischen Orte heute (À la recherche des « soldats des marais », Les camps de l'Emsland 1933-1945 et les lieux historiques aujourd'hui), édité par le Centre de documentation et d'information des camps de l'Emsland (DIZ), Papenburg, 2006 (en allemand).

Les « camps des Marais » ont fait l'objet de récits relativement précoces de détenus, bien entendu publiés à l'étranger. Le plus connu est l'ouvrage de Wolfgang Langhoff : Die Moorsoldaten. 13 Monate Konzentrationslager (Les soldats du marais. Treize mois de captivité dans les camps de concentration) publié à Zurich en 1935. Il a été réédité en allemand plusieurs fois depuis 1974. Le DIZ de Papenburg a choisi de rééditer en 1991 l'ouvrage du sinologue K.A. Wittfogel, interné dans ces camps de mars à fin novembre 1933 comme communiste. « Staatliches Konzentrationslager VII. Eine "Erziehungsanstalt" im Dritten Reich (camp de concentration national n°VII. Un centre de rééducation dans le IIIe Reich), Éditions Temmen, Brême, était paru à Londres en 1936 sous le pseudonyme de Klaus Hinrichs. Présenté comme « roman », c'est un émouvant récit au premier degré de la vie et la mort dans les KZ de l'Emsland (non traduit).

(1) Un dictionnaire allemand élémentaire (Volksbrockhaus) de 1955 indique pour « Emsland » : « fertile région agricole du cours moyen de l'Ems, autrefois surtout constituée de marais et de terres incultes. » Pas d'autres commentaires sauf une allusion à des découvertes de pétrole.
(2) L'incroyable histoire de cette meurtrière imposture a fait l'objet d'un film en Allemagne. Je l'ai racontée en détails dans le PR de mars 1998.
(3) Le « Dokumentations- und Informationszentrum (DIZ) Emslandlager » se trouve à Papenburg depuis 1985. Le guide (88 pages) qui sert de base à cet article en est à sa cinquième édition depuis 1983. Il donne également pour chaque camp des indications pratiques sur la façon de se rendre sur place et sur les traces (rares) éventuellement encore visibles. Un nouveau centre commence à fonctionner sur des terrains libérés par la Bundeswehr à Esterwegen.
 

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