C'est une histoire presque
incroyable qui vient de se terminer à Berlin : La Fondation «Topographie
de la Terreur» et son directeur, le Pr. Andreas Nachama, ont pu,
après des décennies de difficultés, inaugurer le 7
mai 2010 un bâtiment neuf, dans lequel elle est enfin en mesure de
présenter une ou des expositions, tout en mettant à la disposition
des chercheurs ou des étudiants des archives considérables.
Le nouveau bâtiment, à la simplicité frappante, est
une sorte de bloc de verre qui abrite tous les services de la Fondation,
et offre également, groupées autour d'un vaste puits de lumière,
de nombreuses salles de conférences ou de séminaires.
L'appellation de cette
Fondation vient de ce qu'elle se situe, à Berlin, dans l'ancien
quartier gouvernemental nazi, et plus précisément à
proximité immédiate des lieux où s'élevaient
les quartiers généraux de plusieurs des institutions principales
de la terreur nazie : la Gestapo, la direction générale de
la SS, le Service de sécurité (SD) de la SS et l'Office central
de sécurité du Reich (RSHA) de sinistre mémoire également.
(À proximité se trouvaient aussi le ministère de l'Air
de Goering, la chancellerie de Hitler, le ministère de Goebbels,
etc. etc.) Les bombardements alliés de la fin de la guerre avaient
laissé le quartier en ruines, et c'est seulement dans les années
1970 que cette accumulation de symboles attira l'attention, et entraîna
la demande de nombreuses personnalités et organisations d'y créer
un lieu visible marquant les responsabilités du nazisme. Alors commencent
plus de 30 ans de tergiversations, dont les causes ne sont pas toutes évidentes.
La municipalité
de Berlin ouvrit en 1983 un concours d'architectes, en vue de faire de
ce site au poids historique exceptionnel un lieu de mémoire digne
de lui. Cependant aucune suite ne lui fut donnée, et ce n'est que
quatre ans plus tard, à l'occasion des festivités pour les
750 ans de la fondation de Berlin, qu'une première exposition fut
organisée sur ce site. Des fouilles récentes avaient mis
au jour les restes de cellules que la Gestapo avait utilisées déjà
en 1933, et de locaux ayant servi de cuisine et de débarras pour
cette prison. C'est au-dessus de ces vestiges qu'un bâtiment d'exposition
«provisoire», prévu pour quelques mois seulement, abrita
une exposition, qui porta pour la première fois le titre de «Topographie
de la Terreur». Son succès (plus de 300 000 visiteurs la première
année) lui procura une survie de 10 ans, jusqu'en 1997.
Entre temps, en 1992,
avait été créée la Fondation du même
nom, et un nouveau concours d'architectes lancé. Le Suisse Peter
Zumthor fut choisi. C'est un projet révolutionnaire, utilisant le
béton pour une construction sur le modèle de l'architecture
en bois, qui avait séduit. Mais son coût, qui allait atteindre
le double des prévisions, était rédhibitoire. Les
travaux, entamés en 1997, furent stoppés en 2004, laissant
pour des années le terrain en état de chantier et trois massifs
piliers isolés comme symbole de l'échec. La disparition de
l'exposition «provisoire» pour laisser la place aux travaux
de Zumthor, conduisit les responsables de la Fondation à créer
une nouvelle exposition, toujours provisoire. Le seul lieu possible était
situé en plein air, le long de l'enceinte du terrain, et durant
des années c'est, qu'il pleuve ou qu'il vente, sous un auvent rudimentaire,
que des illustrations et des textes ont présenté l'information
sur le nazisme et les pires personnages qui en avaient mis en ¦uvre les
principes. La Fondation compte avoir reçu jusqu'ici 500 000 visiteurs
par an.
Avec le nouveau siège,
on ne peut que souhaiter à ses expositions (sur lesquelles nous
reviendrons), un plein succès. Comme d'ailleurs à son «ministère
des Affaires étrangères», le «Service des Mémoriaux»
(Gedenkstättenreferat) de Thomas Lutz qui publie la Circulaire des
mémoriaux depuis des décennies et qui organise des rencontres
nationales ou internationales plusieurs fois par an.
JEAN-LUC BELLANGER