1 « Conscience européenne» et relativisation du nazisme
La FNDIRP, réunie en congrès,
- s'élève solennellement contre la résolution
«Conscience européenne et totalitarisme», adoptée
le 2 avril 2009, par le Parlement européen. Celle-ci demande que
le 23 août soit proclamé «journée européenne
du souvenir» dédiée aux «victimes de tous les
régimes totalitaires et autoritaires» ;
- constate que ce texte, qui n'a fait l'objet d'aucun débat public, constitue une nouvelle étape dans la relativisation du nazisme, intrinsèquement expansionniste, inégalitaire, raciste et criminel ;
- estime que l'affirmation selon laquelle «il n'existe pas de récit historique objectif» traduit une confusion entre la relation de faits historiquement avérés et leur analyse (causalité et conséquences) ;
- rappelle que c'est le régime nazi qui déclencha la Seconde Guerre mondiale, annexant l'Autriche, démembrant la Tchécoslovaquie au lendemain des accords de Munich qui lui avaient laissé les mains libres, agressant ensuite la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la France, et d'autres pays européens ;
- considère donc comme inacceptable l'assimilation du régime nazi, qui a sévi dans l'Europe entière, avec le stalinisme, ainsi que l'affirmation selon laquelle «du point de vue des victimes, la nature du régime qui les a privées de liberté, torturées ou assassinées, pour quelque motif que ce soit, ne fait aucune différence» ; cette référence au «point de vue des victimes» ne saurait se substituer à l'analyse historique ;
- estime que la légitime condamnation des crimes
staliniens, la nécessité d'en étudier les mécanismes
historiques et d'en préserver la mémoire dans des lieux et
dates spécifiques, ne sauraient conduire à mettre sur le
même plan deux régimes dont les principes et finalités
affichées étaient radicalement différents ;
- regrette que dans certains pays alliés du Reich nazi, aujourd'hui membres de l'Union européenne ou aspirant à la rejoindre, le travail historique n'ait pas été mené sur leurs complicités, ceci conduisant à des refoulements et occultations persistantes, voire des réhabilitations inacceptables, telles que celles des légions SS lettonnes ou estoniennes, pour ne citer que les pays baltes ;
- s'étonne de l'emploi répété dans ce texte du terme de « réconciliation », sans que ne soit jamais précisé qui il faudrait réconcilier avec qui, et ce d'autant que les nouvelles générations qui constituent aujourd'hui l'essentiel des citoyens européens n'ont nullement pris part aux événements mentionnés ;
- attire l'attention sur le soutien inconditionnel apporté à cette résolution par un élu de l'extrême droite française qui qualifia l'antiracisme de «sida mental» et distilla insidieusement le doute sur les chiffres des victimes du nazisme et l'existence des chambres à gaz ;
- appelle les parlementaires européens et français à se préoccuper de l'extrême gravité d'un texte qui fournit une base intellectuelle aux idéologies des néonazis et des fascistes d'aujourd'hui ;
- invite également les historiens, qui se sont à juste titre élevés contre les prétentions des parlements à écrire l'histoire, à expertiser le contenu de cette résolution qui, bien qu'elle s'en défende, interprète l'histoire et en appelle à «sa réévaluation complète» ;
- engage tous les citoyens attachés à la construction européenne sur des bases saines, respectueuses des acquis historiques et de la mémoire des victimes du nazisme, à mettre en échec la réécriture de l'histoire et la relativisation du nazisme inscrites dans cette résolution, et ce, par tous les moyens appropriés.
2 Former les intervenants sur les lieux de mémoire
La FNDIRP, réunie en congrès,
- consciente que les musées et mémoriaux
sont à la fois des lieux d'invite au souvenir et des institutions
à vocation scientifique et culturelle appelées à jouer
un rôle de plus en plus important ;
- prend acte du fait que ces musées et mémoriaux, avec des moyens hétérogènes, constituent un maillage territorial irremplaçable et propice au développement d'un tourisme de mémoire curieux et exigeant, concernant publics français et étranger, jeunes ou adultes ;
- estime que ces lieux, lorsqu'ils sont dédiés à la Résistance, l'Internement ou la Déportation, doivent permettre aux visiteurs d'en tirer de solides connaissances historiques, des outils de réflexion et des principes d'action ;
- attire, en conséquence, l'attention sur les risques induits par une excessive décentralisation des moyens qui, conjugués avec un souci naturel de mettre l'accent sur les particularismes locaux, peuvent conduire à estomper, voire oublier, les acquis historiques fondamentaux ;
- souhaite que les personnels affectés sur ces lieux pour l'accueil des publics, en particulier les jeunes issus de la filière «BTS Tourisme, option Animation et gestion touristique locales» puissent bénéficier, dans le cadre de leur formation initiale ou continue, de solides notions sur la Seconde Guerre mondiale, la Résistance, l'Internement et la Déportation ;
- appelle donc de ses voeux une réflexion commune,
sous l'égide du ministère de l'Éducation nationale
et du secrétariat d'État en charge du Tourisme, avec les
Fondations dédiées à la mémoire de la Résistance,
de l'Internement et de la Déportation, qui sont à même
d'organiser des séminaires de formation sur ces questions.
3 Enseignement de l'histoire
La FNDIRP, réunie en congrès, réaffirme avec force que l'enseignement de l'Histoire est primordial pour la formation de tous les futurs citoyens.
Les lycéens scientifiques ont, autant que d'autres, besoin de se forger, à l'âge de leur plus grande maturité, une vision du monde nourrie par la connaissance du passé afin qu'ils puissent évaluer leurs responsabilités sociales et notamment la portée de leur travail.
Comme l'a dit le professeur Jean-Christophe Defraigne de l'Université de Louvain en Belgique «la science permet de savoir comment faire fonctionner un train, l'Histoire de savoir qu'il peut parfois aller à Auschwitz».
Comme anciens déportés, les membres de la FNDIRP savent dans leur chair ce que peuvent faire des scientifiques perdant la notion de ce qu'est l'être humain.
C'est pourquoi la FNDIRP réaffirme qu'il est indispensable que l'Histoire continue à être enseignée obligatoirement à tous les niveaux de scolarité.
Elle ne saurait admettre qu'elle soit supprimée
ou rendue facultative ni pour les élèves de Terminale scientifique
ni pour les élèves de section technologique et professionnelle.