LE PATRIOTE RÉSISTANT


PR juin 2010
36e congrès de la FNDIRP (Marseille 17-21 mai 2010)

Commission Vie de la Fédération
1  Motion

1945 - Nous, déportés, internés, Patriotes Résistant à l'Occupation, nous rentrons des camps et des prisons, nous retrouvons notre patrie libérée, la France. La France, vaincue cinq ans plus tôt, souillée par l'occupant nazi, trahie par une partie du pouvoir en place de l'époque et les grandes institutions. La France dont l'honneur a été préservé par tous ceux qui ont su dire non à l'inacceptable, par les résistants venus de tous les horizons, entre autres de la classe ouvrière qui, comme l'a dit l'écrivain catholique François Mauriac, est «seule, dans son ensemble, restée fidèle à la patrie profanée».

1945 - La Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes va naître. Elle veut d'abord être un lieu où les concentrationnaires, les internés et les Patriotes Résistant à l'Occupation peuvent se retrouver, parler, un lieu où ils peuvent être soignés par des praticiens eux-mêmes anciens déportés. Très vite, la FNDIRP va définir ce que devra être son action : défense des droits de ses ressortissants, préservation de la mémoire de cette période de notre histoire où toute civilisation digne de ce nom a failli être engloutie, combat pour que la dignité de l'Homme soit à tout jamais préservée, lutte pour le maintien de la paix.

65 ans ont passé. Nous sommes toujours là. Qui aurait pensé, en 1945, qu'un 36e congrès se tiendrait à Marseille en 2010 avec encore plusieurs centaines de participants ? Bien sûr, le nombre des congressistes anciens concentrationnaires a diminué dans de fortes proportions. C'est la dure réalité de la loi biologique.

2010. Si nous devions dresser un bilan de notre action (nous le devons), nous pourrions être fiers. Fiers de nos combats poursuivis sans relâche pour la défense des valeurs qui sont les nôtres et qui ont été affirmées sur les places d'appel des camps.
65 ans d'actions pour que se construise un monde de paix, de tolérance, de respect de l'autre, de droit à la différence, de refus de tout racisme, quelle que soit la forme qu'il prenne, un monde dans lequel chaque enfant trouve les moyens d'un développement harmonieux, un monde où personne n'ait faim, où personne ne voit sa dignité bafouée.

65 ans d'actions pour sauvegarder la vérité historique, lutter contre les négationnistes et les falsificateurs de l'histoire, le relativisme et la banalisation du nazisme.

Sommes-nous quittes pour autant ? Certainement pas. Le monde où nous vivons n'est pas celui dont nous rêvions. Les rapports de domination subsistent et même s'aggravent. La faim tue, chaque jour. La guerre est loin d'avoir été éradiquée. Le racisme, la xénophobie demeurent des réalités. Même dans notre pays, des relents nauséabonds se font sentir. Le débat sur l'identité nationale, la chasse aux immigrés, aux sans-papiers, ravivent les souvenirs d'une époque que nous aurions voulu à jamais révolue. Il faut donc continuer nos combats, dans lesquels le programme du Conseil national de la Résistance reste plus que jamais d'actualité.

Mais il nous faut aussi être réaliste. Dans nos rangs, les anciens déportés, internés, Patriotes Résistant à l'Occupation, ne représentent plus que moins de 30  % de nos effectifs. Il y a 20 ans, nous avons, avec l'Union des Mutuelles d'Ile-de-France, créé la Fondation pour la mémoire de la Déportation pour prendre notre relais quand nous ne pourrions plus assumer nos tâches. Nous sommes - et nous en sommes fiers - des citoyens responsables. La FNDIRP, nous l'avons toujours dit, ne sera jamais une fédération de descendants et d'amis. Pour rester fidèles à nous-mêmes, pour rester fidèles à nos anciens, nous devons préparer notre succession.

En 2009, notre assemblée générale a acté le fait qu'à notre assemblée générale de 2011, nous fixerions la date de fin d'activité de la Fédération. Le problème n'est pas de savoir si cela nous fait plaisir mais celui d'assurer, dans de bonnes conditions, la poursuite de nos combats. La Fondation pour la mémoire de la Déportation est digne d'assumer notre héritage, elle l'a amplement prouvé.

À ses côtés, l'Association des Amis de la Fondation pour la mémoire de la Déportation est - et sera chaque jour un peu plus - son relais sur le terrain. C'est notre responsabilité de lui en donner les moyens. Partout, dans nos Associations départementales, développons les coopérations dans l'action avec les Délégations territoriales, recrutons les militants de demain et aidons à les former, à faire d'eux nos successeurs qui seront dignes de nous et poursuivront nos combats.

Fiers, nous le sommes, nous les déportés, les internés, les Patriotes Résistant à l'Occupation, nous leurs descendants et amis. Fiers de la tâche accomplie mais jamais terminée, fiers de transmettre notre héritage à ceux qui le sauvegarderont. Nous leur faisons confiance.