Lu
dans la livraison du mois de février 2008
Près
de dix mille enfants juifs d'Allemagne et d'Europe centrale ont bénéficié
de l'aide internationale avant la guerre pour échapper aux menaces
nazies et trouver refuge en Grande-Bretagne essentiellement. Poursuivant
pour le PR ses lectures et synthèses d'ouvrages paraissant outre-Rhin,
Jean-Luc Bellanger nous informe sur cette émigration peu connue.
Les
« convois d'enfants » juifs
vers
la Grande-Bretagne
Il
est rare que des parents choisissent de gaîté de coeur de
se séparer de leurs enfants, sans savoir quand ils les reverront,
et surtout pour les envoyer dans un pays étranger. Cela a pourtant
été le cas pour des milliers de familles juives d'Allemagne
soumises au régime de contraintes et de brimades du parti nazi.
Une étude récente fait le point sur cet aspect rarement évoqué
de l'aide internationale envers des enfants juifs d'Allemagne et d'Europe
centrale. Il y a là un exemple d'initiatives qui ont permis de mettre
à l'abri un (petit) nombre d'Européens menacés par
l'inhumanité nazie, de sauver in extremis près de 10 000
enfants, réfugiés en grande majorité en Grande-Bretagne.
Bien
sûr, peu de personnes avaient la prescience du génocide déclenché
moins de dix ans après la « prise du pouvoir » par les
nazis. On pouvait tout au plus avoir connaissance des diatribes de Hitler,
à lire en clair dans Mein
Kampf. La « Journée
de boycott des magasins juifs » décidée pour le 1er
avril 1933, deux mois après la nomination de Hitler, était
dirigée aussi contre médecins et avocats juifs et contre
l'accès des juifs aux écoles et universités. Suivit
de peu l'interdiction (le 7 avril) de l'activité professionnelle
des fonctionnaires juifs puis, plus ou moins rapidement d'autres professions,
d'abord les avocats, puis les médecins, puis l'exclusion des juifs
de l'ensemble de la vie culturelle, etc. Pour les quelque 566 000 juifs
vivant en Allemagne, il fut rapidement clair que l'avenir était
menaçant. Dans les deux années 1933 à 1935, on assista
à une émigration chiffrée autour de 140 000 personnes.
L'échec
de la conférence d'Évian
Ce sont en fait les « Lois de Nuremberg » du 15 septembre 1935
qui scellèrent en pratique l'exclusion de la vie nationale allemande
des personnes définies comme « juives » par la première
« ordonnance d'application » de ces lois. Il s'agissait de
textes à valeur constitutionnelle, la « Loi sur les citoyens
du Reich » (Reichsbürgergesetz),
et la « Loi de protection du sang allemand et de l'honneur allemand
» (Gesetz zum Schutze des
deutschen Blutes und der deutschen Ehre).
Mais cela ne suffit pas à entraîner une vague aussi massive
d'émigration que la première période. On estime cette
seconde vague autour de 37 000 personnes. Deux facteurs nouveaux modifient
ensuite considérablement les données de la vie ou de la survie
des juifs en Hitlérie.
Le premier est en mars 1938 l'occupation de l'Autriche, l'Anschluss.
Aussitôt est appliqué dans tout le pays l'ensemble des mesures
anti-juives déjà graduellement accumulées dans le
Reich, ici aussi sans opposition de la population, et souvent même
avec son aide. Dès l'annexion, la « Communauté du culte
israélite » (Israelitische
Kultusgemeinde, IKG) de Vienne est
fermée par les nazis. Réouverte en mai, elle crée
rapidement une « Section émigration ».
En
effet, les juifs, comme les nombreux adversaires politiques des nazis réfugiés
depuis plusieurs années dans une Autriche jusque-là indépendante,
doivent chercher à fuir vers des pays accueillants. Ceux-ci sont
rares. Le président américain Roosevelt avait proposé,
quelques jours après l'occupation de l'Autriche, une conférence
internationale en vue de faciliter l'émigration des juifs d'Allemagne
et d'Autriche, et de créer une nouvelle organisation internationale
consacrée à résoudre le problème des réfugiés.
Début juillet 1938 les représentants de 32 pays se réunirent
à Évian. Le seul résultat en fut la création
d'une « Commission intergouvernementale pour les réfugiés
» sans vrais pouvoirs. C'était un échec indiscutable,
aucun pays n'étant prêt à accepter d'ouvrir officiellement
ses frontières, même à l'abri de restrictions prudentes.
La
difficulté d'émigrer
Second
facteur : comme on peut l'imaginer, la « Nuit de cristal »
des 9-10 novembre 1938, le pogrome anti-juif massif déclenché
dans l'ensemble du Reich à la suite de l'assassinat d'un conseiller
d'ambassade allemand à Paris par un jeune juif polonais, ranima
en Allemagne, pour ceux qui en avaient la possibilité, la volonté
de chercher à émigrer. Mais quant à cette «
possibilité », il faut se souvenir des données de l'époque
pour en comprendre l'infinie complexité et la cruauté des
obstacles à surmonter. Avoir de l'argent était un facteur
positif, mais de toute façon insuffisant. Il fallait surtout obtenir
un visa d'un pays d'accueil. Les consulats étrangers étaient
assiégés par des foules, alors que ces précieux documents,
lorsqu'un gouvernement avait autorisé leur délivrance, étaient
en général lâchés au compte-goutte. Il fallait
entre autres, dans la plupart des cas, pouvoir présenter la preuve
que «quelqu'un » se portait garant financièrement de
l'entretien matériel des futurs émigrés là
où ils iraient. En un mot, il ne suffisait pas de comprendre le
risque couru en restant dans l'Allemagne nazie, mais il fallait trouver,
malgré d'innombrables obstacles, un moyen de s'échapper.
Le
problème était bien entendu le même pour tous les «
ennemis » du nazisme, qu'il s'agisse d'opposants politiques, de syndicalistes
ou de personnalités menacées pour des raisons quelconques.
En « Grande-Allemagne » (Grossdeutschland,
ancien Reich plus Autriche et territoires « sudètes »
tchèques annexés), chacun d'entre eux pouvait craindre pour
sa liberté ou celle de sa famille. Pour beaucoup, il s'agissait
en réalité d'un vrai danger de mort, découlant d'un
jugement par les tribunaux spéciaux, ou subi dans les camps de concentration.
Pour ceux que la législation nazie définissait comme «
juifs », c'était dans l'immédiat la survie économique
qui était menacée, pratiquement toute activité étant
interdite, sans parler des brimades peu à peu multipliées
à l'infini. Parmi ces « juifs », certains étaient
croyants et pratiquants, d'autres non, beaucoup étaient athées,
et dans de nombreux cas ils se sentaient pleinement « allemands »,
les hommes souvent « anciens combattants » et bien à
leur place dans la société jusqu'à la catastrophe
de 1933. Décider de tenter l'émigration n'était donc
pour personne une décision évidente ni facile.
Un
cas particulier était celui des juifs sionistes, dont l'idéal
consistait à aller en Palestine, à faire l'«
alya », la « montée
» en « Terre promise ». Pour cela une préparation
était nécessaire, dans des centres spéciaux (hakhchara),
dont certains furent créés dans des pays étrangers.
Un certain nombre de jeunes juifsd'Allemagne bénéficièrent
de ce type d'émigration, soit isolément soit, dans quelques
cas, intégrés aux « convois d'enfants ». On peut
noter que, selon les chiffres connus, sur plus de 9 000 jeunes ayant bénéficié
des « convois » à destination de la Grande-Bretagne,
on comptait des « non-aryens » chrétiens (1 123) et
d'autres sans religion déclarée (749). Parmi tous ces jeunes,
bon nombre étaient des enfants de détenus politiques des
camps de concentration.
Protéger
les enfants, leur permettre une adolescence et une vie à l'abri
du danger faisait déjà partie depuis longtemps des soucis
des organismes de solidarité. Dès le début du XXe
siècle, l'émigration d'enfants juifs qui avaient perdu leurs
parents lors des pogromes de Russie avait été organisée,
ainsi que leur prise en charge par des familles d'accueil ou des parents
éloignés en Europe centrale ou en Amérique du Nord
ou du Sud. Après 1933, la « Représentation nationale
des juifs en Allemagne » (Reichsvertretung
der Juden in Deutschland) (1) mit
au programme de ses efforts d'aide à l'émigration l'envoi
de jeunes et d'enfants vers des pays « sûrs ». Pourtant,
à cette époque, ni l'offre d'accueil, ni la demande de cette
émigration n'étaient importants.
Entre
1933 et 1938, seuls 471 enfants « non accompagnés »
furent envoyés en Grande-Bretagne, 500 aux États-Unis, 45
en Australie, et encore six aux Pays-Bas et trois au Canada.
Le
premier convoi d'enfants en 1938
Pourtant le choc créé
dans le monde par la « Nuit de cristal », les exactions, les
destructions, les arrestations, les injustices de tous ordres, et surtout
les menaces implicites pour l'avenir des juifs dans les pays dont l'Allemagne
nazie deviendrait maître, entraîna un mouvement de solidarité
presque immédiat (2). Certains pays ont accordé, après
les pogromes de la « Nuit de cristal », des facilités
importantes à des organismes divers pour leur permettre de mettre
sur pied un système favorisant l'émigration d'enfants et
de jeunes gens d'Allemagne et d'Autriche. On peut citer ainsi l'exemple
des Pays-Bas, qui accueillirent 1 850 enfants, la Belgique (800), la France
(700), la Suède (350), le Danemark (125), la Suisse (250), soit
un peu plus de 4 000 en tout. Mais cet élan ne dura pas, et par
exemple la France stoppa ces immigrations dès juin 1939. C'est au
premier chef la Grande-Bretagne qui a accepté de suivre cette voie.
Il faut dire que ce pays avait une remarquable tradition sur le plan de
l'accueil des enfants en danger. Durant la Première Guerre mondiale,
le pays avait déjà accueilli des enfants belges. En 1937,
il avait aussi reçu des enfants basques espagnols menacés
par la guerre civile. Et depuis 1936, un «
Inter-Aid Committee for children »
avec d'autres organismes, avait fait venir en Angleterre les 471 enfants
allemands en danger déjà évoqués.
À la suite de
la « Nuit de cristal » (9-10 novembre 1938), le Premier ministre
britannique Chamberlain reçut dès le 15 novembre une délégation
du « Conseil pour les juifs allemands » (Council
for German Jewry) lui demandant
instamment de faire accepter en Grande-Bretagne
une immigration d'enfants
juifs allemands sans quota de limitation. La délégation se
faisait fort de parvenir à ce que cela ne coûte pas un penny
d'argent public.
Une entrevue eut lieu
le 21 novembre avec le ministre de l'Intérieur, Hoare, et celui-ci
obtint le jour même de la Chambre des Communes l'autorisation d'immigration
pour des enfants, sous couvert d'un visa collectif, l'entrée dans
le pays étant autorisée chaque fois que l'entretien d'un
enfant était financièrement assuré, par lui-même
ou d'autres personnes ou organisations. Le chiffre de 5 000, puis de 10
000 « enfants non accompagnés » fut adopté.
Le
premier convoi quitta l'Allemagne moins de deux semaines plus tard, le
2 décembre 1938, et le dernier, qui faillit être bloqué
par le début de la guerre, le 2 septembre 1939. Les critères
de choix des enfants à faire émigrer étaient délicats
à définir. Selon Claudia Curio, il s'agissait pourtant, en
Allemagne comme en Autriche, de faire échapper au danger nazi «
des adolescents, des garçons en particulier, menacés d'arrestation,
des apatrides menacés d'expulsion, des enfants se trouvant dans
des centres ou orphelinats, des enfants dont les pères étaient
arrêtés ou encore des enfants de familles particulièrement
nécessiteuses. Les enfants de petites communes étaient également
prioritaires, car ils n'avaient plus accès à l'école
et étaient sujets à des brimades antisémites, puisque
chacun les connaissait. Ceci valait surtout pour l'Allemagne, car il n'y
avait pratiquement plus d'enfants juifs en Autriche hors de Vienne ».
En
effet, on a pu constater que la majorité des émigrants juifs
faisaient partie des générations les plus jeunes, donc les
plus mobiles. Le nombre des juifs membres des générations
entre 25 et 39 ans a diminué en Allemagne de 80 % entre 1933 et
1939, alors que les plus de 60 ans étaient seulement de 27 % moins
nombreux. Au-dessous de 25 ans, la diminution dépassa 80 %. On estimait
qu'à la mi-1941 il ne restait sur le territoire de l'ancien Reich
qu'environ 15 400 jeunes juifs de moins de 18 ans. En ex-Autriche, en 1940,
c'est-à-dire avant l'interdiction définitive totale d'émigration
pour tous les juifs d'Allemagne (31 juillet 1941), il restait à
Vienne à peine 6 000 jeunes de moins de 18 ans, 18 543 ayant réussi
à émigrer, avec leurs parents, ou seuls. La guerre mit fin
à la réalisation du programme des « convois d'enfants
» vers la Grande-Bretagne, qui avait jusqu'alors permis à
9 354 de ces enfants d'y trouver un accueil protecteur. L'idée générale
de cet accueil n'était pas forcément de garder ces enfants
sur le sol anglais, mais de les tirer d'affaire avant qu'ils puissent «
réémigrer » vers d'autres pays et d'ailleurs ce fut
le cas pour près de 1 200 d'entre eux.
Une
émigration autorisée par les nazis
On
peut trouver étonnant que les nazis aient ainsi autorisé
une émigration juive, connaissant la suite et le déroulement
apparemment inexorable du génocide. Mais bien au contraire, dans
les débuts du nazisme, une émigration globale des juifs d'Allemagne
(comme le transfert global qui fut envisagé un moment vers Madagascar)
(3), faisait partie des hypothèses envisagées. Une «
émigration volontaire » (sic), assortie d'une spoliation quasi-totale
des biens des émigrants, a été durant plusieurs années
considérée comme pouvant contribuer à la «
solution de la question juive ».
En
Autriche, c'est dès l'Anschluss
qu'une véritable pression fut exercée sur les juifs pour
les pousser à émigrer en masse, le « Service de sécurité
» (SD) de Himmler, la Gestapo et les administrations de l'État
et de la ville de Vienne utilisant tous les moyens à cette fin.
En ce qui concerne les « convois d'enfants », des indications
précises prouvent cette volonté. On connaît ainsi le
récit de l'entrevue, fin novembre ou début décembre
1938, d'une Hollandaise, Gertruide Weijsmuller, envoyée à
Vienne par les Comités anglais et hollandais d'aide aux réfugiés,
avec un certain Adolf Eichmann qui y dirigeait l'Office central pour l'Émigration
juive. Elle obtint de lui sans problème l'autorisation de mettre
sur pied un convoi de 600 enfants, à faire partir quelques jours
après vers l'Angleterre. Eichmann agissait en fonction des données
de ce moment. On sait que Himmler lui-même donna l'ordre «
d'établir avec la plus grande diligence les cartes d'identité
et passeports pour enfants, dans la mesure où il était prouvé
sans discussion que ces documents devaient servir à l'émigration
».
Le
« Mouvement pour les enfants réfugiés »
Comment
l'existence de ces convois d'enfants fut-elle accueillie en Grande-Bretagne
? Tout d'abord, il faut savoir que la presse britannique, depuis 1933,
avait peu mis l'accent sur les événements en Allemagne. Les
menaces constituées par la politique nazie, et entre autres les
persécutions contre les juifs ne recevaient en général
pas la couverture correspondant à des mesures sans précédent.
Seul le Manchester Guardian
insistait depuis 1933 sur l'urgence qu'il y avait à accueillir des
réfugiés d'Allemagne. Bien entendu, comme on n'a pas de mal
à l'observer aujourd'hui, ici ou ailleurs, s'il s'agit d'adultes,
l'accueil d'une main-d'¦uvre potentiellement concurrente avec une population
travailleuse souffrant du chômage (ainsi qu'un indiscutable antisémitisme
latent) fournissaient des arguments à certains Britanniques pour
protester contre l'accueil des Allemands fuyant la menace nazie. Les «
convois d'enfants » de 1938-39 étaient un cas particulier.
Il ne s'agissait pas d'une main-d'¦uvre menaçante et, une certaine
sentimentalité aidant, les accueillir était moins facile
à critiquer.
Un
« Refugee Children's Movement
» (Mouvement pour les enfants
réfugiés, RCM) se créa en novembre 1938. Il contribua
à organiser les convois, il publia des appels pour trouver des familles
d'accueil, créa des comités locaux (26 en décembre
1938, 147 en mai 1939) chargés de coordonner les accueils et de
veiller au suivi des placements, et même de financer le séjour
des jeunes chez des accueillants aux moyens insuffisants. Jusqu'à
14 ans, les jeunes bénéficiaient de la gratuité de
l'enseignement public, et le RCM participait même le cas échéant
à une formation professionnelle payante. Les fonds provenaient de
sources privées diverses, et c'est seulement lorsque les financements
devinrent insuffisants, en octobre 1942, que le ministère de l'Intérieur
prit en charge 75 % des frais administratifs du RCM (61 permanents en 1941)
et les subventions pour les enfants dont l'organisation avait jusque-là
assuré la charge. Au total, en neuf mois, c'est un total de 9 354
enfants que ces « convois » purent faire sortir de l'Allemagne
et de l'Autriche de Hitler (8 361), de Tchécoslovaquie occupée
(669), ainsi que du no man's land
polonais de Sbaszyn (une centaine) et de Danzig (124).
La
vie des enfants réfugiés ne peut pas être décrite
de façon uniforme, dans la mesure où leur sort, selon la
famille qui les avait accueillis, pouvait être très divers.
De même, ceux qui n'avaient pu trouver de famille d'accueil avaient
été répartis dans des centres (Hostels) dans quelques
grandes villes, où les contacts avec la population britannique étaient
plus réduits, où ils quittaient l'école à 14
ans, et où le désir des responsables de ne pas attirer l'attention
de l'entourage et de risquer d'entraîner des réactions de
rejet limitaient l'épanouissement des jeunes. Quant aux jeunes vivant
dans des familles d'accueil, ils ont été suivis très
régulièrement par des membres du RCM au moins jusqu'au moment
où les financements devinrent insuffisants. Aucune statistique ne
permet malheureusement de préciser leur destin durant la guerre
et dans leur vie d'adultes après la fin du conflit. Bien sûr,
évoquer leur sort face à l'immensité du drame que
constitue le génocide des juifs par les nazis peut sembler hors
de proportion, une simple goutte d'eau dans un océan d'horreur.
Une chose est pourtant certaine : tous les jeunes qui ont bénéficié
de ces « convois d'enfants », sans doute le dernier effort
collectif pour sauver des victimes potentielles, ont eu, grâce à
eux, la vie sauve.
Jean-Luc Bellanger
(1) L'organisation juive
centrale en Allemagne dut plusieurs fois changer de nom. Jusqu'à
1935 elle s'appelait Reichsvertretung
der deutschen Juden (Représentation
nationale des juifs allemands », en 1936 elle devint «
Représentation nationale des juifs en Allemagne » (une différence
pleine de sens !), pour devenir enfin en 1939 « Union nationale des
juifs en Allemagne »...
(2) Des centaines de
synagogues, de magasins et d'autres propriétés juives furent
incendiées totalement ou partiellement durant ce pogrome, et souvent
pillés. Environ 30 000 juifs furent arrêtés sans motif
et internés à Dachau, Buchenwald ou Sachsenhausen, ainsi
que dans de très nombreuses prisons. Pour l'Autriche, 4 600 juifs
furent envoyés à Dachau. On estime à des centaines
le nombre des morts à la suite de ces exactions.
(3) L'idée d'une
patrie d'accueil pour les juifs était un grave souci pour les Britanniques,
qui avaient promis dans la déclaration Balfour en 1917 de créer
en Palestine une patrie juive (Jewish
National Home), mais s'y refusaient
depuis, de crainte de causer de graves troubles au Proche-Orient. Le nom
de « Palestine » était ainsi tabou à la conférence
d'Évian de 1938. En mai 1939 un livre blanc chiffrait pourtant à
75 000 le nombre d'immigrants juifs à laisser entrer en Palestine
au cours des dix années suivantes sans accord des Arabes. En même
temps l'idée de faire de la Guyane britannique, en Amérique
latine, un lieu d'accueil pour les émigrés d'Allemagne était
lancée, bien entendu sans suite.
n Curio,
Claudia, Verfolgung, Flucht, Rettung,
Die Kindertransporte 1938/39 nach Grossbritannien (Persécution,
Fuite, Sauvetage, Les Convois d'enfants 1938/39 vers la Grande-Bretagne),
Editions Metropol, Berlin, 2006 (non traduit).