De
nouveau cette année l'Éducation nationale a prévu
une « action éducative » dans les lycées pour
commémorer l'exécution du jeune communiste Guy Môquet
et de ses 26 camarades le 22 octobre 1941 à Châteaubriant.
Mais cette Journée du souvenir va prendre une dimension européenne,
puisqu'elle s'inscrit dans la « Semaine de l'Europe à l'École
» (20 au 24 octobre) et qu'il s'agira de valoriser aussi tous les
jeunes Européens qui s'engagèrent dans la Résistance
contre le fascisme et le nazisme.
La France exerçant la présidence du conseil de l'Union européenne
au second semestre 2008, la commémoration du souvenir de Guy Môquet
et de ses 26 compagnons fusillés le 22 octobre 1941 coïncide
avec la Semaine de l'Europe à l'École du 20 au 24 octobre.
Le
Bulletin officiel de l'Education nationale n° 33 du 4 septembre 2008
donne à ce sujet les explications et informations suivantes :
« La célébration d'une Europe unie, fondée sur
la démocratie et le respect des droits de l'Homme, est l'occasion
de rappeler aux élèves des lycées la mémoire
des jeunes Européens qui combattirent l'Allemagne nazie et les régimes
fascistes dans l'Europe de la Seconde Guerre mondiale. Souvent au prix
de leur vie, ils firent le choix de la résistance, dans leur pays
ou au sein des forces alliées. Dans la diversité de leurs
motivations et de leurs convictions, de leurs cultures politiques et des
contextes nationaux, ils sont, par leur engagement et leur courage, un
exemple pour les jeunes Européens d'aujourd'hui. Certains d'entre
eux sont morts en rêvant à une Europe unie, tel Charles Boizard,
jeune résistant français de 21 ans, qui écrivit dans
une dernière lettre à ses parents avant son exécution
: "C'est une France jeune et forte
qui sortira de la lutte, et peut-être cette guerre verra enfin l'union
des peuples européens se réaliser. C'était mon rêve
le plus cher. Je ne le verrai pas, mais j'espère que d'autres le
verront" (1).
La
mémoire de la Seconde Guerre mondiale participe à la formation
de futurs citoyens européens responsables, pleinement conscients
de partager une histoire commune. »
Pour cette raison, il est demandé aux proviseurs, dans le cadre
de l'organisation de la Semaine de l'Europe à l'École,
« de rappeler aux équipes éducatives qu'il convient
d'honorer le souvenir de Guy Môquet, de ses 26 compagnons fusillés
pour valoriser tous les jeunes Européens qui s'engagèrent
dans la Résistance ».
« Replacer les textes dans le contexte historique »
Quels moyens sont préconisés ? Le Bulletin officiel indique
que « cette action éducative
s'appuiera notamment sur la lecture en classe ou en plus grand groupe,
de la dernière lettre de Guy Môquet à sa famille, ainsi
que sur d'autres lettres de jeunes condamnés à mort mais
aussi des textes ou des extraits d'oeuvres littéraires de différents
pays témoignant de l'engagement de la jeunesse pendant les années
noires de l'Europe (2). Ces lectures pourront être confiées
à des personnalités disponibles pour témoigner directement
des sacrifices consentis, ou dont le rayonnement ou la notoriété
pourraient sensibiliser les élèves aux valeurs de l'engagement.
»
Ainsi, comme l'an dernier, les équipes éducatives sont invitées
à se rapprocher des « fondations et des associations de mémoire
».
Le
document précise encore : «
Tout en veillant à bien replacer chacun de ces textes dans le contexte
historique qui lui est propre, ces lectures seront l'occasion de faire
réfléchir les élèves sur le sens de l'engagement
et sur les valeurs communes qui fondent l'Europe d'aujourd'hui. »
« Ce travail pédagogique, au cours de la Semaine de l'Europe
à l'École, sera également l'occasion de mobiliser
les équipes éducatives sur la préparation de l'édition
2009 du Concours national de la Résistance et de la déportation
: "Les enfants et les adolescents
dans le système concentrationnaire nazi".
»
Enfin, conclut le document, «
les établissements pourront mettre en place d'autres initiatives
à leur convenance (jumelages avec des établissements culturels
- musées d'histoire et mémoriaux, jumelages avec des établissements
scolaires européens, expositions, productions de documents, etc.).
»
Source de polémiques et fortement médiatisée l'année
dernière, suite à la décision unilatérale du
président de la République, la « lecture de la dernière
lettre de Guy Môquet » semble donc s'ancrer dans la vie scolaire
(bien que ne respectant toujours pas le calendrier des programmes). On
notera l'accent mis dans le texte officiel sur la nécessité
de « bien replacer chacun
de ces textes dans le contexte historique qui lui est propre »,
une précaution indispensable pour ne pas verser dans une sentimentalité
stérile et l'émotion face à des dernières lettres
toujours bouleversantes. Élargir la réflexion à la
Résistance européenne est évidemment une excellente
chose et il s'agira de faire comprendre qu'une Europe antinazie a existé
et que des individus ont pris délibérément des risques
pour vivre dans une Europe libre, pour des valeurs qui constituent le fondement
de nos sociétés : démocratie, droits de l'homme, antiracisme...
Des individus qui ont été fusillés ou qui ont été
déportés dans des camps de concentration où toute
l'Europe résistante était représentée.
(1)
Extrait de la lettre de Charles Boizard à sa famille (publiée
dans La vie à en mourir.
Lettres de fusillés 1941-1944,
(Ed. Tallandier, 2003). Né à Fumel (Lot-et-Garonne) en 1922,
Charles Boizard rejoint en 1943 le maquis dans l'Armée secrète
puis les FTP. Au moment de son arrestation, il est chef du maquis «
de France, 3e Bataillon de combat des FTP de Cajarc. Il est fusillé
le 19 avril 1944.
(2)
Quelques lettres de jeunes résistants européens sont annexées
au document et sur www.education.gouv.fr.