F.N.D.I.R.P.  
Le Chant des Marais

DU "BÖRGERMOORLIED" AU
"CHANT DES MARAIS"


Les paroles inspirées par ESSER, la musique de Rudy GOGUEL créées à l'été 1933 étaient promises à une destinée peu commune. Né de la "préhistoire" de l'univers concentrationnaire, le chant de Börgermoor allait voyager, subir quelques déformations, et trouver des adaptations, au gré des événements historiques du continent européen.
Issu de la préhistoire de l'univers concentrationnaire, le Chant des Marais chemina de camp en camp pendant près de 12 ans jusqu'à la libération des camps nazis  en 1945.

Quelques exemples de cette trajectoire  en Europe

De camp en camp : certains détenus furent transférés vers d'autres camps proches : à Esterwergen , autre camp, une variante reçut en 1936 le titre de "Wir sind die Moorsoldaten" ( "Nous sommes les soldats des marais"). 
De pays en pays : Wolfgang LANGHOFF réussit à gagner la Suisse, où il rédigea son témoignage et fit imprimer le texte du chant.  Un second rescapé de Börgermoor, réfugié à Londres, y rencontra le compositeur allemand Hans EISLER, qui en fit une adaptation et la confia à Ernst BUSCH , combattant des Brigades Internationales : Radio Madrid le popularisa en Espagne.
D'autres rescapés de Börgermoor se réfugièrent en Tchécoslovaquie : le texte original y fut imprimé dès 1935 ; Radio Prague le diffusa. De Madrid à Paris, de Prague à Moscou, le Chant des Marais se propagea : pourtant, assez curieusement, il ne fut jamais diffusé ou même évoqué à la BBC.

Et  en France

Transmis de bouche à oreille, il commença à être connu avant que les premiers convois de déportation ne partent de France. Il entra au répertoire de chorales dès 1936 à côté d'autres chants antifascistes, ou d'airs plus traditionnels, ce qui le fit considérer à tort comme un air "folklorique" . Il fut chanté dans les camps du sud de la France, où nombre de républicains espagnols furent internés avant de connaître Mauthausen; dans les prisons où Pétain jetait les "indésirables", étrangers réfugiés, communistes, syndicalistes, démocrates. Les déportés du convoi du 18 août 1944 - un des derniers convois partis de Compiègne - l'entonnèrent. Un témoignage troublant rapporte même qu'un des soldats allemands requis pour la figuration du film "La Bataille du Rail", avait lui-même été en poste à Börgermoor. Toujours est-il qu'en 1945, alors que les déportés n'étaient encore pas tous rentrés, le compositeur Louis LIEBARD voulut l'harmoniser pour 5 voix, les auteurs se bousculèrent nombreux.

ESSER, inspirateur des paroles originales en allemand resta dans l'anonymat ;
Rudy GOGUEL, auteur de la musique restait inconnu;
quant au véritable auteur des paroles françaises, il ne se manifesta jamais.


Dans les années 1970,  un retour aux sources s'opéra par un biais inattendu : un 45 tours proposait, deux adaptations, l'une des Bateliers de la Volga, et l'autre du Chant des Marais, avec la seule mention "chant folklorique". Le regretté Jean-René CAUSSIMONT, abusé par le flou sur les origines réelles de ce chant, prêta même son concours à ce plagiat.
La FNDIRP, désireuse de rendre le Chant des Marais au patrimoine collectif de la déportation, mena alors une enquête publiée dans le Patriote Résistant sous la signature de Roger ARNOULD.


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