Le système concentrationnaire

Les principaux camps du système concentrationnaire

Aurigny
Auschwitz-Birkenau
Bergen-Belsen
Buchenwald
Dachau
Dora-Mittelbau
Flossenburg
Gross-Rosen
Lublin-Maïdanek
Mauthausen
Natzweiler-Struthof
Neuengamme
Ravensbrück
Sachsenhausen
Stutthof

Après le démantèlement des « camps sauvages » créés dès février 1933 et dirigés souvent par la SA, Gestapo et SS vont édifier le système concentrationnaire proprement dit, celui des « camps de concentration d’Etat » (Staatliche Konzentrationslager) désignés officiellement par le sigle KL (et familièrement, KZ).
Comme les camps sauvages, les KL vont d’abord voir affluer, sur décision de la police secrète d’état (la Gestapo), des Allemands hostiles au nazisme, les « politiques » porteurs du triangle rouge. Ils recevront aussi des femmes et des hommes au comportement jugé indésirable (homosexuels, asociaux, membres de certaines sectes, criminels de droit commun…), porteurs de triangles d’autres couleurs.
Avant la Nuit de Cristal (novembre 1938), les KL ne seront pas ouverts aux juifs, sinon au titre d’opposants ou de « déviants ».
Les KL, officiellement, sont chargés de « protéger les opposants », placés « en détention de protection », contre la « colère des bons citoyens », de les isoler, de rééduquer ceux dont la libération est envisageable. En outre, leur existence, connue mais chargée de mystères, doit terroriser la population allemande…
C’est la Gestapo, police d’Etat, qui désigne les victimes à incarcérer et les détenus à libérer. C’est la S.S., filiale du parti nazi (NSDAP), qui est chargée de la garde et de l’administration (qui est du ressort de l’IKL, Inspection des KL) des camps de concentration.
Au fil du temps, le système évoluera.
Avec la mainmise des nazis sur l’Europe, le système s’ouvrira largement aux étrangers et les effectifs augmenteront dans des proportions inouïes : jusqu’à plus de 500.000 détenues et détenus, alors qu’avant 1939, abstraction faite des conséquences de la Nuit de Cristal, les effectifs totaux étaient de l’ordre de 10.000 prisonniers…
Les taux de mortalité s’accroîtront dans des proportions encore plus grandes et, à compter de 1941, les KL se doteront de leurs propres installations de crémation.
A partir de 1942, priorité sera donnée , sous le contrôle et au profit de la SS, à l’exploitation du travail des détenus soit dans des entreprises appartenant à la SS, soit dans des entreprises « ordinaires » : Daimler-Benz, I.G. Farben, Siemens, Krupp… De ce fait, les KL essaimeront des annexes, les Kommandos extérieurs, implantés à proximité des usines, des chantiers, des carrières…Il en sera créé plus de 1000…
L’Office principal d’administration et d’économie de la SS (WVHA, installé à Oranienburg) englobera l’IKL et il prendra une importance considérable. Sous la direction de Pohl, il contrôlera les entreprises S.S, il louera la main d’œuvre aux entreprises et il s’efforcera de mettre la main sur les camps et les opérations qui échappaient à sa compétence.
En 1944, à l’apogée du système ainsi transforma, les KL et leurs Kommandos extérieurs, sous la coupe de Himmler, à la fois chef des polices et de la SS, couvriront les territoires soumis aux nazis d’un réseau très dense et dont nul, en Allemagne, ne pouvait ignorer les détails même les plus inhumains.
Hors du système concentrationnaire existaient également le “camp de sûreté” de Schirmeck, en Alsace annexée, et deux camps de représailles pour prisonniers de guerre : Kobierzyn (camp 369) et Rawa-Ruska (camp 325).




AURIGNY
Quatre camps furent ouverts sur l’île anglo-normande d’Aurigny dans la Manche, dont le camp de Nordeney en 1941, à l’intention d’un millier de déportés russes. Il reçut ensuite des républicains espagnols. Les premiers arrivèrent le 22 février 1942. Le 12 août 1943, ce fut le tour d’un convoi de déportés juifs, internés jusque-là en France, en particulier des juifs conjoints d’ « aryennes », suivi de plusieurs autres. Le dernier convoi arrivé le 5 juin 1944 se composait de républicains espagnols en provenance du camp du Vernet. L’effectif atteignait alors quelque 1 500 détenus.
Paradoxalement, ce camp dépendait, sur le plan administratif, du K.L. Neuengamme qui lui fournissait les gardiens S.S. Une galerie avait été creusée pour y liquider les détenus, le cas échéant. En fait, l’évacuation commença au début de mai 1944 à destination de Neuengamme via la France. Des évasions ont lieu en cours de route.
Consulter aussi le dossier n°60 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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AUSCHWITZ-BIRKENAU
Le 27 avril 1940, sur l’ordre de Himmler, un camp de concentration est créé à Auschwitz (Oswiecim), en Pologne, entre Katowice et Cracovie.
Le domaine utilisé occupait environ 42 kilomètres carrés, dans une région marécageuse. Le climat brûlant en été, descend jusqu’à 20 et 30 degrés au-dessous de zéro en hiver.
Le premier transport arrive le 14 juin 1940. Il est composé de 728 détenus polonais. La terrible sentence que dans tous les camps les S.S. se plaisaient à répéter à l’arrivée de chaque convoi a pris là sa lourde signification : « Ici on entre par la porte, on sort par la cheminée. »
Dans le K.L. d’Auschwitz, à l’automne 1941 un « centre de mise à mort » par gazage fut testé sur des prisonniers de guerre soviétiques. Les essais ayant donné satisfaction, un deuxième camp est construit, à 3 km du camp principal : Birkenau (Auschwitz II). Auschwitz commença à fonctionner simultanément comme K.L. et comme centre d’extermination, en 1942 ; il deviendra le principal lieu d’extermination des juifs d’Europe. A partir de mars 1941, un troisième camp s’est développé à Monowice (Monowitz, Auschwitz III), à 7 km du camp central. Il accueille l’usine Buna d’IG Farben, destinée à produire du caoutchouc. C’est le prototype d’une production se voulant intégrée au système concentrationnaire.
Au dernier appel, le 17 janvier 1945, il restait 67 000 détenus pour Auschwitz et ses kommandos. Poussés sur les routes par une température de moins vingt degrés, sans nourriture et mal vêtus, des milliers d’entre eux mourront en chemin, exténués, gelés ou assassinés d’une balle dans la nuque. Les survivants iront peupler les K.L. de l’ouest.
Le 27 janvier 1945, il reste environ 5000 détenus pour accueillir la délivrance que leur apportent les soldats soviétiques. Des centaines mourront dans les jours qui suivent la libération.
Entre 1940 et 1945, plus d’un million de personnes sont mortes dans le complexe d’Auschwitz, dont environ 960 000 juifs.
Consulter aussi les dossiers n°41 et n°42 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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BERGEN-BELSEN
Camp de prisonniers de guerre en 1941, Bergen-Belsen est mis à la disposition de l’administration S.S. (W.V.H.A) sur la demande de Pohl, vers le mois d’avril 1943 et devient camp de concentration où sont d’abord internés des juifs « protégés » que les nazis envisagent d’échanger : par exemple, des épouses et enfants de prisonniers de guerre français y sont internés au lieu d’être envoyés directement dans un centre d’extermination.
Il est installé à 100 km de Hambourg, à 65 km de Hanovre, dans la lande de Lunebourg. Les premiers groupes de déportés sont des juifs d’Albanie, de Grèce, de Hongrie, des Pays-Bas, de Pologne. A la fin de l’année 1944, l’effectif est de 15 227 internés, il passera en mars 1945, à 50 000 dont 26 300 femmes.
Peu à peu, Bergen-Belsen devient un « camp mouroir ».
Aux premiers jours d’avril 1945, un second camp est installé, à quelques kilomètres du camp 1, dans les casernes de Belsen. Il recevra les contingents d’hommes, de femmes et d’enfants qui, depuis février, à l’approche des alliés, viennent jour et nuit, par dizaines de milliers, à pied, en camions, des autres camps : Auschwitz, Buchenwald, Dora, Dachau, Sachsenhausen, Neuengamme… cet afflux de convois en désordre et les méthodes employées par le commandant du camp Kramer provoquèrent une effroyable tragédie.
Lorsque les troupes britanniques pénétrèrent dans le camp, le 15 avril 1945, elles découvrirent un spectacle horrible.
Consulter aussi le dossier n°47 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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BUCHENWALD
Aux portes de la ville de Weimar qui jadis vit briller, autour de Goethe, un foyer prestigieux de la culture humaine, fut installé par les nazis le camp de Buchenwald.
Situé dans la forêt de l’Ettersberg et sur une colline balayée par le vent, le K.L.B entre en fonction fin juillet 1937.
250 000 détenus de toutes nationalités sont passés par ce camp mais, à partir de 1943, un grand nombre d’arrivants n’y séjourna qu’un cours laps de temps : une à trois semaines au plus, durant lesquelles ils étaient parqués comme des bêtes au camp de quarantaine. Ce dernier était séparé du grand camp par des barbelés. Tout près, la masse sombre du block 46 où s’effectuaient les expériences médicales sur cobayes humains.
Plus de cent kommandos extérieurs répartis dans le centre de l’Allemagne et jusque dans la Ruhr se trouvaient rattachés à Buchenwald. Quelques-uns comptaient de 5000 à 10 000 détenus, dont Dora qui devint plus tard camp autonome, et d’autres quelques centaines seulement. Beaucoup travaillaient pour l’industrie de guerre, voire des entreprises privées, pour les chemins de fer, dans les mines de sel… Les conditions y étaient souvent pires qu’au camp central.
Début avril 1945, les S.S. reçurent instruction de liquider totalement le camp. Des convois énormes furent évacués vers Bergen-Belsen, Dachau, Flossenburg… Nombreux périrent au cours de ces « marches de la mort » ou au terme du voyage.
Cependant, grâce à l’action décisive de l’organisation clandestine puissante et préparée au combat, les S.S. échouèrent dans leur ultime entreprise d’extermination. Les groupes de choc libérèrent le camp le 11 avril 1945, quelques heures avant l’arrivée des blindés américains. Il restait alors moins de 25 000 détenus.
Les archives et registres du camp ont permis de dénombrer 56 000 décès « officiels » mais ce chiffre ne comprend pas les morts de tous les Kommandos et des marches d’évacuation.
Consulter aussi le dossier n°35 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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DACHAU
La petite ville de Dachau qui groupe, à une vingtaine de kilomètres au nord de Munich, autour d’un grand château massif et rustique, ses spacieuses maisons anciennes, était connue avant 1933 comme le Barbizon de la capitale bavaroise. Peintres et écrivains y séjournaient pendant la belle saison, cherchant l’inspiration dans les vastes marais qui s’étendent au nord et à l’est de la ville sur des dizaines de kilomètres.
Au printemps de 1933, les nationaux-socialistes triomphants choisirent ce coin perdu pour y établir un lieu de tortures et d’exécutions qui deviendra le K.L. Dachau. Il servit à la fois aux adversaires du nouveau régime, socialistes, communistes, monarchistes bavarois, juifs, nazis dissidents, et aux ennemis personnels des membres de la nouvelle caste dirigeante. Dachau, organisé d’emblée par la S.S. devint le modèle des camps du système concentrationnaire.
Jusqu’en 1943, le nombre des Français y avait été extrêmement restreint : quelques dizaines venus du Nord, arrêtés dès 1941 et transférés à Dachau par Auschwitz et Mauthausen, et quelques prisonniers ou S.T.O. arrêtés en Allemagne sous des prétextes variés. En juin, un premier convoi de plusieurs centaines de Français arrivait à Dachau. Le 2 juillet 1944, un convoi partait de Compiègne avec plus de 2000 détenus : à son arrivée, le 5 juillet, il comptait plusieurs centaines de morts.
Au moment de la libération par les armées américaines, le 29 avril, il ne figurait guère sur les listes que : 3000 Allemands, 12 000 Polonais, 6000 Soviétiques, 6000 Français, presque autant d’Italiens, 2000 Tchèques, 1500 Slovènes, plusieurs centaines de Norvégiens, Danois, Belges, Hollandais et Grecs, onze Anglais, un Albanais, quelques Suisses et Espagnols.
Bien avant la libération, les détenus de toute origine avaient organisé la résistance contre leurs bourreaux en créant des comités nationaux réunissant les patriotes de toute tendance. Ensemble, il formèrent le comité international qui devait administrer le camp après l’arrivée des Américains.
En automne 1944, à la suite d’un accord négocié entre les autorités hitlériennes et les plus hautes instances ecclésiastiques, tous les prêtres catholiques, allemands et étrangers, détenus dans les camps de concentration, furent réunis à Dachau où deux blocks entiers, le 26 et le 28, leur étaient réservés. En 1944, le block 28 abritait encore près de 800 ecclésiastiques polonais (sur les 2000 qu’ils étaient à l’origine). Les prêtres des autres nationalités, parmi lesquels 300 Allemands, se partageaient trois « chambres » du 26, la première chambre étant transformée en chapelle.
Consulter aussi le dossier n°33 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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DORA-MITTELBAU
Sous le nom de « Mittelbau », les nazis désignèrent, à partir de l’été 1943, un ensemble d’installations pour l’industrie de guerre aménagées autour d’un même centre : Dora, situé dans les collines du Harz, aux environs de la ville de Nordhausen.
Le but était double. D’une part, à cause des bombardements qui avaient détruit leurs meilleures bases d’armement, notamment celle de Peenemünde, regrouper une série d’usines et d’ateliers pour y fabriquer, sous la direction du savant et criminel Werner von Braun, les armes secrètes V1 et V2 dont les nazis attendaient un revirement de la situation militaire. D’autre part, utiliser une main-d’œuvre concentrationnaire bon marché, qu’il serait facile de réduire au silence en l’exterminant, afin de garder le secret. Le premier convoi arriva de Buchenwald dans les premiers jours de septembre 1943, il fut rapidement suivi de beaucoup d’autres. Ainsi naquit le camp de Dora.
Dora cesse d’être kommando de Buchenwald vers la fin de l’été 1944, il est officiellement reconnu comme camp autonome le 28 octobre suivant.
Dora, c’est d’abord un tunnel construit sous la colline Kohnstein. Jusqu’au début 1944, il n’y eut pour les déportés travaillant à creuser et à aménager ce tunnel, ni baraquements, ni installations sanitaires d’aucune sorte. Ils étaient enfermés dans les galeries souterraines, soumis quotidiennement à un travail forcé de 12 à 14 heures, se relayant sans voir la lumière du jour, jusqu’à ce qu’il fussent « bons pour la ferraille » comme disaient les S.S. Il en mourait alors jusqu’à une centaine chaque jour. Enfin, le camp fut construit près de l’entrée du tunnel. Les détenus y furent entassés et leur effectif s’éleva jusqu’à 28 000 à partir de l’été 1944. L’enfer de Dora, au-delà du tunnel, s’étendit alors à toute une série de kommandos extérieurs, d’Ellrich à Rotlberode et autres lieux.
Le sabotage de la production de guerre hitlérienne fut très poussé à Dora. De nombreux organisateurs de la résistance dans le camp, dont le détenu allemand Albert Kuntz, payèrent de leur vie leur action héroïque.
A partir du 1 avril 1945, à l’approche des Alliés, les S.S. entreprirent l’évacuation de Dora et des kommandos de Mittelbau en direction du Nord, notamment vers Bergen-Belsen où beaucoup périrent. D’autres connurent une mort atroce dans la grange incendiée de Gardelegen et sur les routes.
Consulter aussi le dossier n°48 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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FLOSSENBURG
Le camp de Flossenbürg fut installé en Haute-Bavière. Dominé par les ruines sauvages d’un château médiéval, il se trouvait, à 130 km au Nord-Est de Nuremberg, à l’orée de la forêt de Bohème.
Bâti sur les flancs d’une colline, il fut construit en 1938 par des antifascistes allemands qui en furent les premières victimes. Par la suite, son effectif atteignit et parfois dépassa 30 000 détenus.
Parmi ses nombreux Kommandos, celui de Leitmeritz (Litomerice) dont une des galeries souterraines abritait l’usine « Richard » (Tchécoslovaquie) creusée par les détenus. Cette entreprise utilisait la main-d’œuvre du camp pour fabriquer des blocs-moteurs, des pièces de chars, des éléments pour V1 et V2. Près de 12 000 détenus de toute nationalités y moururent au cours des années 1944 et 1945.
« Richard » était le plus important des 80 Kommandos de Flossenbürg. Quelques-uns comme celui de Zwodau, comprenaient un grand nombre de femmes en provenance du camp de Ravensbrück.
Consulter aussi le dossier n°36 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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GROSS-ROSEN
Partis de Sachsenhausen en août 1940, 98 Polonais, détenus politiques, viennent inaugurer un commando nouvellement crée aux confins de la Pologne, à 60 km de Wroclaw (Breslau). Ce sera Gross-Rosen, en polonais Rogosnica.
Gross-Rosen reste caractérisé par le campanile qui dressait son curieux bâti sur la place d’appel, la cloche rythmait la vie du camp en sonnant les rassemblements, lugubre, elle annonçait les pendaisons.
Gross-Rosen se développe rapidement et devient camp autonome d’où essaiment de nouveaux Kommandos. A l’intérieur des barbelés, une immense carrière de pierre fut le bagne où souffrirent et moururent le plus grand nombre de détenus. La mortalité était telle que le crématoire construit en 1941 se révéla vite incapable de suivre la progression. En 1943, la maison « Topf und Söhne » qui avait déjà équipé d’autres camps reçut commande de « fours à 4 chambres et à grand rendement ».
A Gross-Rosen se pratiquait aussi l’extermination rapide. Un rapport secret, daté du 22 octobre 1941, signale l’exécution d’un groupe de prisonniers soviétiques.
Des détenus étaient transférés au « centre d’euthanasie » de Bernburg pour y être gazés.
Sur les 200 000 hommes environ, qui passèrent par Gross-Rosen, on estime à une quarantaine de mille les victimes du travail forcé ou des exécutions. La réalité est encore plus terrible car il faut tenir compte, notamment, de l’hécatombe provoquée par l’évacuation de février 1943. Par des températures qui descendaient jusqu’à 20 et 25 degrés en dessous de zéro, des wagons-tombereaux roulèrent pendant dix jours avant d’atteindre Dora-Nordhausen, Buchenwald, Bergen-Belsen… Ils étaient chargés de détenus, serrés les uns contre les autres, qui moururent presque tous.
Consulter aussi le dossier n°46 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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LUBLIN-MAÏDANEK
Tout d’abord camp de prisonniers de guerre, où en 1941 furent exterminés 5000 soldats soviétiques, il conserve curieusement cette appellation une fois peuplé de concentrationnaires, juifs pour la plupart.
C’est seulement à partir de mai 1942 que les S.S. lui donnent le nom de K.L Lublin, il se trouvait en effet à 2 km de cette ville. Mais, pour les habitants de la région, qui l’avaient baptisé au départ, il restera toujours Maïdanek, du nom du village proche.
Les plans de construction établis en 1941 prévoyaient la création d’un camp géant. Sur une superficie de 270 hectares, entièrement clôturés d’une enceinte électrifiée, devaient s’aligner plus de 500 blocks. Une partie seulement du projet fut réalisée : 120 blocks. Les travaux d’aménagement occupèrent durant quatre années 35 000 à 40 000 détenus.
A la libération du camp, on découvrit des magasins entiers remplis de biens ayant appartenu aux victimes, parmi lesquelles des monceaux de valises portant les noms de leurs propriétaires.
Après l’installation des chambres à gaz et des fours crématoires, Maïdanek, sans atteindre l’importance d’Auschwitz-Birkenau, remplit la double fonction de camp de concentration et de camp d’extermination.
Au minimum 50 000 victimes, dont un grand nombre de juifs du ghetto de Varsovie, périrent à Maïdanek : la plupart par les chambres à gaz, mais aussi par d’autres moyens. C’est ainsi que le 3 novembre 1943 eut lieu un massacre à la mitrailleuse, couvert sous des flots de musique joyeuse, qui coûta la vie à 18 000 personnes, cette journée fut baptisée par les S.S « Erntefest » (fête des moissons).
La majorité des victimes était originaire de Pologne. On en comptait aussi de vingt-six autres pays, dont la France. Quatre mille hommes, femmes et enfants juifs, partis du mois de mars 1943 de Drancy, Gurs et Marseille, trouvèrent ici une fin atroce.
Dès avril 1944, les S.S entreprirent l’évacuation des détenus de Maïdanek vers les camps de concentration d’Allemagne. Les derniers convois partirent vers Auschwitz en juillet, quelques jours avant l’arrivée des troupes soviétiques qui y trouvèrent le camp intact et d’immenses charniers.
Consulter aussi le dossier n°54 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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MAUTHAUSEN
Sur une colline dominant le Danube, dans la région de Linz, le camp de Mauthausen, avec ses murs de granit et ses chemins de ronde, ses tours de guet et ses meurtrières, se présente sous l’aspect d’une forteresse inexpugnable. Son histoire commence en 1938 par la venue d’un kommando de Dachau dans la carrière de Wienergraben. De là sont tirées les pierres qui, à partir de 1939, serviront à construire le camp.
Le chemin de la carrière passait par un escalier. La descente s’effectuait au pas de course, chaque matin à l’aube, sous le harcèlement des S.S. postés en serre-files. Le soir, la remontée se faisait en colonnes par cinq, parfois avec une pierre sur le dos. L’escalade des 186 marches s’accomplissait avec des gestes d’automates et permettait à chacun de mesurer les forces qui lui restaient. Celui qui, pour gravir la pente, devait s’accrocher au bras d’un compagnon moins faible, se savait irrémédiablement condamné à mourir le lendemain ou les jours suivants. Celui qui tombait d’épuisement était abattu par les S.S. ou précipité du haut de la carrière.
Dans cette carrière, cerclée de barbelés et de miradors, et ressemblant au cratère d’un gigantesque volcan, des milliers d’hommes descendaient chaque jour.
L’Autriche était couverte d’un réseau de camps annexes dépendant de Mauthausen : 70 environ.
Gusen était l’un des Kommandos les plus terribles. L’effectif y était de 20 000 déportés.
Ebensee, édifié à l’automne 1943, près de Traunsee, les déportés devaient creuser dans la montagne des usines souterraines. Environ 10 000 déportés trouvèrent la mort à ce travail forcé. Autre Kommando, Loibl-Pass, à la frontière austro-yougoslave, le tunnel routier creusé par les déportés est aujourd’hui utilisé.
Consulter aussi le dossier n°37 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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NATZWEILER-STRUTHOF
En septembre 1940, un certain Blumberg « Standartenführer S.S. » en tournée de prospection en Alsace, décida d’installer près du Struthof, dans la commune de Natzweiler, une carrière et un camp de concentration. Perdu dans la forêt d’Alsace, mais dominant la vallée, face au nord, à plus de 800 mètres d’altitude, l’emplacement était bien choisi. Natzweiler (en français Natzwiller) fut le seul K.L. implanté sur une portion annexée du territoire français. On le désigne souvent comme le « camp du Struthof » , mais il faut se garder de le confondre avec le K.L. Stutthof ! A Natzweiler furent détenues des victimes de la procédure NN (dite Nacht und Nebel, Nuit et Brouillard).
C’est le 21 mai 1941 qu’arrivèrent au Struthof venant de Sachsenhausen, les premiers « Hôftlinge », 300 Allemands, pour la plupart des droits communs, qui devaient construire et aménager le camp.
Dès la construction des premières baraques, les déportés de toutes nationalités affluèrent. Les premiers convois NN, dont 168 Français, arrivèrent au début de juillet 1943.
Lorsque le camp fut évacué, au début de septembre 1944, ce nombre atteignait près de 7000, sans compter les kommandos extérieurs, ou un grand nombre de déportés furent immatriculés sans être passés par Natzweiler.
A Natzweiler-Struthof, camp de catégorie III, les conditions de travail visaient moins la rentabilité que l’extermination. Chaque matin, quand ils partaient vers la Kartoffelkeller ou la Strassenbau I, les détenus savaient que le soir venu ils ne regagneraient pas tous leurs baraques… Le S.S. désigne au chien l’homme à mordre, le kapo l’assomme à coups de manche de pioche, et il est si facile de se débarrasser d’un « Häftlinge », d’un « Stück » en le poussant dans la zone interdite : une rafale de fusil-mitrailleur l’abat pendant sa prétendue tentative d’évasion…
Les kommandos extérieurs n’étaient pas moins meurtriers : citons ceux de la vallée du Neckar ou les détenus transformaient d’anciennes mines de gypse en usines souterraines, ou encore Kochem et son tunnel, ou Vaihingen et ses malades qu’on laissait mourir et qui, libéré l’un des premiers, devait révéler au monde l’horreur concentrationnaire.
On a beaucoup parlé du « Struthof » à propos des expériences pseudo-médicales pratiquées soit au camp, au Revier, dans la chambre à gaz, dans la chambre de dissection, soit à la Faculté de Médecine de Strasbourg. L’ex-commandant du camp, Kramer, arrêté par les Anglais à Bergen-Belsen, devait, avant d’être pendu, reconnaître qu’il avait participé aux travaux de ces monstrueux savants en leur fournissant des déportés, préalablement gazés par ses soins.
Les 2 et 3 septembre 1944 les plus gros convois sont dirigés sur Dachau, tandis que 108 combattants du réseau « Alliance » sont massacrés par les S.S. Les évacuations se poursuivent pendant plusieurs semaines. Les libérateurs entrent dans le camp abandonné par ses derniers gardiens, le 23 novembre 1944.
Consulter aussi le dossier n°44 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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NEUENGAMME
Installé en 1938, c’est le grand camp du nord de l’Allemagne. Sur la rive droite de l’Elbe, au milieu des marais, à 25 km de Hambourg, il est d’abord un Kommando de Sachsenhausen ou les détenus travaillent dans une briqueterie confisquée à des juifs par les S.S.
Le 4 juin 1940, il devient camp autonome, 80% des détenus sont alors des criminels allemands. Le camp ne cesse de s’agrandir et recevra, de 1940 à 1945, près de 100 000 détenus de toutes nationalités, parmi lesquels 11 000 Français dont quelques centaines seulement survécurent.
Quand ils n’étaient pas occupés à extraire la glaise pour la briqueterie ou à travailler dans les usines d’armements et de constructions navales, les détenus devaient combler les marais, décharger les péniches, effectuer les travaux d’entretien du camp, au prix d’efforts exténuants qui coûtèrent la vie à des milliers d’entre eux.
Le camp disposait d’une gare desservie par un branchement particulier et d’un petit port fluvial, creusé sur un canal par les premiers internés.
Une soixantaine de Kommandos extérieurs dépendaient de Neuengamme. On les trouvait à la frontière germano-hollandaise, autour de Hambourg, Brême, Minden, Hanovre, en Schleswig-Holstein, à l’embouchure de la Weser, dans la région de l’Elbe moyenne, le Brunswick et jusque dans les « les anglo-normandes ». Parmi ces Kommandos, certains n’utilisaient que 100 ou 200 détenus, d’autres en comptaient plus de 2000.
Dès le début d’avril 1945, l’avance alliée à l’Ouest provoqua le repli des Kommandos vers le camp central. Presque en même temps, l’avance soviétique à l’est entraîna l’évacuation générale du camp. Elle se fit par convois successifs, d’abord en direction de Bergen-Belsen. Cet exode donna lieu à d’effroyables tueries comme celles de Sandbostel et de la rade de Lübeck.
Sandbostel était un camp de prisonniers de guerre – stalag X B – qui devint, à partir du 13 avril 1945, le point de rencontre des déportés évacués de Neuengamme et de plusieurs de ses Kommandos. Ils y arrivaient si épuisés que la plupart ne survécurent pas à l’épreuve. Le schéma ci-contre montre le trajet insensé suivi par l’une des colonnes parties de Neuengamme. Lorsque Sandbostel est libéré, le 29 avril 1945, des centaines de corps encombrent le sol : d’autres, innombrables, sont entassés dans des fosses communes. Sur le troisième document, on aperçoit des prisonniers de guerre allemands amenés à leur tour dans le camp. Un panneau met en garde contre le typhus.
Consulter aussi le dossier n°38 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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RAVENSBRÜCK
Au début de l’année 1939, 500 détenus sont amenés de Sachsenhausen par les S.S. pour construire, près du lac de Furstenberg, dans le Mecklemburg, un camp de concentration pour femmes : Ravensbrück.
Le site: une dune de sable si désolée que les bouleaux et les sapins ne réussissent pas à en atténuer l’âpreté, si froid qu’on l’appelle : « la petite Sibérie mecklembourgeoise ».
Le 13 mai 1939, un premier convoi de 867 femmes en provenance du K.L.. Lichtenburg arrive à Ravensbrück. De 1939 à 1945, 150 000 femmes de 23 nationalités différentes y seront immatriculées.
A trois reprises, le camp s’agrandit. Terrassement et transport des matériaux sont assurés par les détenues qui travaillent aussi pour l’industrie de guerre, en particulier pour l’entreprise Siemens et les ateliers de l’Industriehof.
Au camp central sont rattachés de nombreux Kommandos extérieurs répartis dans toute l’Allemagne. Certains, très importants, comptaient jusqu’à 10 000 détenues, De plus, les camps de Sachsenhausen, Buchenwald, Mauthausen, Dachau et Flossenburg faisaient appel à la main-d’œuvre féminine de Ravensbrück pour les besoins de leurs Kommandos.
Ravensbrück ne connut pas seulement la mort lente par épuisement et maladie. les S.S. y utilisèrent toutes les techniques de l’extermination : fusillade, empoisonnement par piqûres, chambre à gaz.
De criminelles expériences médicales furent également pratiquées sur les femmes et les enfants. Quand les victimes ne succombaient pas, elles restaient mutilées pour la vie.
Même les femmes enceintes étaient déportées à Ravensbrück. Les médecins S.S. reçurent, en 1942, l’ordre de faire avorter toutes celles dont la grossesse était inférieure à huit mois. En 1943, l’un de ces tortionnaires, le docteur Treite, jugea préférable d’attendre l’accouchement et de faire étrangler ou noyer l’enfant en présence de la mère. A la fin de la même année, une nouvelle décision permit de laisser la vie aux nouveaux-nés, mais san rien prévoir pour les accueillir.
Seuls le courage, le dévouement, l’abnégation des détenues affectées au Revier permirent de sauver des mères. De 1943 à 1945, sur nos 863 enfants à Ravensbrück, presque tous morts de faim et de froid. Seuls ont survécu quelques bébés nés dans les derniers mois, dont 3 Français : Sylvie, Guy et Jean-Claude.
La libération ne s’opéra pas de la même façon pour toutes les survivantes de Ravensbrück et de ses Kommandos. A partir d’avril 1945, la Croix-Rouge internationale organisa des échanges par la Suisse. D’autres furent soumises à des marches terribles. Plusieurs milliers aboutirent finalement à Bergen-Belsen, à Mauthausen, ou, comme les déportées de Zwodau, aux confins de la Tchécoslovaquie. Certaines réussirent à fuir, comme ce groupe de Françaises du Kommando de Neubrandebourg évadées d’une colonne aux environs de Waren.
Pendant les derniers jours, le camp connut un désordre effroyable. Lorsque les troupes soviétiques y pénétrèrent, le 30 avril 1945, elles ne trouvèrent qu’un petit nombre de femmes, et dans le camp qui leur était réservé, 400 hommes complètement épuisés. A leur arrivée les alliés durent creuser une fosse commune pour y enfouir des dizaines de milliers de corps.
Consulter aussi le dossier n°39 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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SACHSENHAUSEN
Le 12 juillet 1936, 50 prisonniers d’Esterwegen arrivent à Sachsenhausen pour construire le camp, à proximité d’Oranienburg (où les S.A. avaient ouvert un premier camp et où les S.S. implantèrent le W.V.H.A.), dans une région marécageuse plantée de pins, à 30 km au nord de Berlin. Le camp couvre 18 ha. On y compte 78 baraques disposées en éventail autour de la place d’appel. Le premier convoi de Français arrive au camp le 27 juin 1941 : il comprend 244 mineurs qui ont participé à la grande grève patriotique des bassins du Nord et du Pas de Calais, pendant le transport 26 d’entre eux ont été exécutés.
A proximité du K.L. Sachsenhausen, à Oranienburg, se trouvait le siège de l’administration S.S. de l’ensemble du système concentrationnaire, d’abord l’Inspection des K.L. (I.K.L), puis lorsque devint prioritaire l’exploitation du travail des détenus, de l’Office principal d’administration et d’économie de la S.S. (W.V.H.A.).
Sur les pignons des baraques, Himmler avait fait peindre, en août 1939, une énorme inscription :  » Es gibt einen Weg zur Freiheit. Seine Meilensteine heissen : Gehorsam, Fleiss, Ehrlichkeit, Ordnung, Sauberkeit, Nüchternheit, Wahrhaftigkeit, Opfersinn und Liebe zum Vaterlande. » (Il y a un chemin vers la liberté. Ses bornes s’appellent : obéissance, application, honnêteté, ordre, propreté, sobriété, franchise, sens du sacrifice et amour de la patrie.)
Dans l’enceinte du camp, une porte, dominée par l’inscription  » Kriegsgefangenen Arbeitslager  » (camp de travail de prisonniers de guerre), donnait sur un enclos dans lequel s’élevaient quelques baraques. De septembre à novembre 1941, 18 000 prisonniers de guerre soviétiques y furent isolés et réduits à la famine. Les survivants furent conduits par camions entiers au stand de tir et fusillés.
La lettre Z étant la dernière de l’alphabet, les S.S. avaient baptisé « station Z  » la partie du camp ou se trouvaient les crématoires, chambres à gaz, fosses d’exécutions … Elle fut la dernière étape pour 100 000 déportés de Sachsenhausen.
En 1945, le camp de Sachsenhausen comptera plus de 100 Kommandos. Parmi les plus importants on peut citer : Heinkel (6000 à 7000 détenus), usine d’aviation : Falkensee (2500 détenus), fabrication de tanks pour le compte de la société Demag; Berlin-Lichertfelde (1500 détenus), déblaiement I.G. Farben (800 détenus), Spandau (1100 détenus), Siemens (1400 détenus), Genshagen (1100 femmes), automobiles Daimler-Benz, Wittenberg-Arado (1200 femmes), industrie aéronautique, Speer (2000 détenus).
Le 21 avril 1945, 30 000 hommes de Sachsenhausen et 5000 femmes de Ravensbrück sont évacuées, par groupes de 500, en direction de la Baltique. Au cours des derniers jours, les détenus incapables de suivre, sont abattus, par milliers, d’un coup de pistolet dans la nuque. Les survivants, au nombre de 18 000, seront libérés, le 1er mai, entre Crivitz et Schwerin.
Lorsque l’armée Rouge pénètre dans le camp, le 27 avril, elle ne trouve que 3000 hommes, 2000 femmes et quelques enfants, malades pour la plupart.
Consulter aussi le dossier n°34 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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SCHIRMECK
A quelques kilomètres du Struthof, un autre camp, destiné à recevoir les Alsaciens suspects ou accusés de résistance et d’opposition au national-socialisme, est ouvert le 2 août 1940. Il porte le nom de « Sicherunslager Vorbrück-Schirmeck » et fonctionnera sans interruption jusqu’au 22 novembre 1944, date de sa libération. Surtout lieu de transit, beaucoup n’y font qu’un cours séjour avant leur transfert dans d’autres camps ou prisons. Les détenus y sont contraints au travail. Il a aussi une annexe à Haslach qui travaille pour Daimler-Benz et, durant quatre années, c’est par milliers que les Alsaciens se succéderont dans ce camp.
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STUTTHOF
Créé en 1939 sur le territoire de l’ex Prusse Orientale, près de Gdansk (Dantzig), le K.L. Stutthof doit sa position géographique aux marais qui l’entourent, un climat particulièrement insalubre.
De proportions tout d’abord modestes, il prend peu à peu de l’ampleur et arrive à couvrir 120 hectares. Grâce aux photos extraites de l’album personnel du commandant du camp, on peut suivre son développement depuis les premières installations jusqu’à sa configuration définitive. Viennent s’y adjoindre des ateliers, usines, magasins ainsi que la chambre à gaz et l’imposant crématoire que dessert une voie ferrée aux multiples embranchements.
Des Allemands sont les premiers détenus. Le 2 septembre 1939, arrive un convoi de 250 prisonniers de guerre polonais. D’autres suivront en grand nombre; ils connaîtront le supplice de la mort lente, soit au camp, soit dans les Kommandos extérieurs : chantiers navals de Gdansk, usines d’armements…
Le 23 octobre 1941, Himmler marque par une visite l’intérêt qu’il porte à ce premier camp de l’Est européen.
Stutthof, c’est aussi l’extermination violente. Le 22 mars 1940, 65 prisonniers de guerre sont passés par les armes. Par la suite, fusillades en séries, pendaisons, injections au phénol se chargent de rappeler que les S.S. disposent partout du droit de vie et de mort. Pendant les derniers mois de l’année 1944, la chambre à gaz fonctionne.
Le Stutthof a vu passer quelque 120 000 détenus dont 90% de Polonais. Parmi les autres, toutes les nationalités étaient représentées, y compris des Français. Ont été tués 85 000 personnes environ, notamment pendant l’évacuation du 25 janvier 1945. Lorsque les troupes soviétiques pénètrent dans le camp elles ne trouvent que 385 moribonds.
Consulter aussi le dossier n°40 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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Les camps de représailles pour prisonniers de guerre


KOBIERZYN (camp 369)
Ouvert le 5 juin 1942 à quelques kilomètres au sud de Cracovie et destiné tout d’abord à des sous-officiers prisonniers de guerre réfractaires au travail, le camp de représailles de Kobierzyn se peupla rapidement de tous les prisonniers de guerre que le système allemand jugeait indésirables en raison de leurs idées, de leur comportement ou d’évasions manquées. Beaucoup d’entre eux venaient de Rawa-Ruska.
Le régime appliqué se trouvait à mi-chemin entre le camp de prisonniers et le camp de concentration. Ni crématoire, ni chambres à gaz, mais des conditions de vie exceptionnellement dures : appels interminables dans la nuit glacée, fouilles minutieuses. Au surplus, les intentions des Allemands ne laissaient aucune illusion aux internés, ils étaient voués, après la victoire du Reich, à la mort ou à l’esclavage dans les steppes de Russie.
Le camp 369 comptait trois blocks, un Vorlager et un Sonderlager, sans parler du cimetière irrévérencieusement appelé block V. Le 12 août 1944, le block I fut évacué à Sandbostel (Allemagne), le block II à Sagan, puis à Ziegenheim (Allemagne), le block III à Markt-Pongau (Autriche).
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RAWA-RUSKA (camp 325)
Le camp de Rawa-Ruska, « camp de la goutte d’eau et de la mort lente », comme le désigna Churchill à la radio de Londres, se trouvait près de Lwow (Lemberg), aux confins de l’Ukraine.
A partir d’avril 1942, il reçut des prisonniers de guerre français et belges récidivistes de l’évasion et du sabotage, et considérés comme irrécupérables pour « l’ordre nouveau ».
Les conditions y étaient déplorables : un seul poste distribuait à tout le camp une eau polluée que, faute de gamelle, les détenus devaient boire dans leurs sabots : la ration de pain, en mai 1942, était d’une miche pour 35 hommes…
Les évasions reprirent un peu partout, aussi bien au camp que dans les Kommandos de Lemberg (Fliegerborst), Trambowla, Zweirziniec. La résistance s’organisa et entra en contact avec les partisans polonais, russes et tchèques.
Consulter aussi le dossier n°51 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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