Les centres d’extermination
et d’“euthanasie”

Les centres d’extermination

Auschwitz-Birkenau
Belzec
Chelmno-Kulmhof
Sobibor
Treblinka

Dès 1939, avant même les décisions de l’automne 1941 et la mise au point, à Wannsee, de la « Solution Finale du problème juif », il n’est pas fait mystère des intentions qui animent les nazis : « Nous allons en Pologne pour rosser les juifs ! »
La finalité proclamée de l’idéologie nazie était d’ordre racial. Elle prétendait établir, pour mille ans, la prééminence d’une prétendue « race aryenne » qu’il s’agissait d’abord d’épurer en la débarrassant du « mauvais sang » : les Allemands biologiquement impurs ou « indignes de vivre ». Le plein épanouissement de la race des seigneurs exigeait, par ailleurs, la colonisation d’un « espace vital » conquis (Lebensraum) et l’éradication totale ou partielle des habitants de « races inférieures » ou leur réduction en esclavage.
Alors que le système répressif – dont l’élément majeur fut le camp de concentration – était un des moyens mis en œuvre pour « rééduquer » les individus récupérables, isoler les autres et faire régner l’ordre nazi, la réalisation de la finalité raciste exigeait l’extermination radicale des individus ou des groupes « raciaux inférieurs »…
L’instrument le plus achevé de l’accomplissement de ce délire idéologique fut le camp d’extermination (Vernichtungslager), véritable « centre de mise à mort », avec chambres à gaz et crématoires, qui conféra aux génocides des juifs (la Solution Finale, définitivement mise au point à Wannsee le 20 janvier 1942) et des tziganes une dimension industrielle.
Mais les « Centres d’euthanasie », aux installations plus modestes, les ghettos [Plus de 2000 à l’Est de l’Europe surtout, parmi eux : Riga, Theresienstadt-Terezin (dossier n°45 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation), Varsovie…] antichambres des camps d’extermination où la population juive était déjà décimée par la famine, les Einsatzgruppen (« opérations mobiles de tuerie ») collaborèrent au plus gigantesque programme d’assassinats individuels ou collectifs jamais conçu.
L’exécution du génocide des juifs fut confiée à la Gestapo (Amt IV du RSHA); à la tête du Referat IVBA (section B4 de la Gestapo), Adolf Eichmann en fut l’organisateur méthodique.




AUSCHWITZ-BIRKENAU
Le 27 avril 1940, sur l’ordre de Himmler, un camp de concentration est créé à Auschwitz (Oswiecim), en Pologne, entre Katowice et Cracovie.
Le domaine utilisé occupait environ 42 kilomètres carrés, dans une région marécageuse. Le climat brûlant en été, descend jusqu’à 20 et 30 degrés au-dessous de zéro en hiver.
Le premier transport arrive le 14 juin 1940. Il est composé de 728 détenus polonais. La terrible sentence que dans tous les camps les S.S. se plaisaient à répéter à l’arrivée de chaque convoi a pris là sa lourde signification : « Ici on entre par la porte, on sort par la cheminée. »
Dans le K.L. d’Auschwitz, à l’automne 1941 un « centre de mise à mort » par gazage fut testé sur des prisonniers de guerre soviétiques. Les essais ayant donné satisfaction, un deuxième camp est construit, à 3 km du camp principal : Birkenau (Auschwitz II). Auschwitz commença à fonctionner simultanément comme K.L. et comme centre d’extermination, en 1942 ; il deviendra le principal lieu d’extermination des juifs d’Europe. A partir de mars 1941, un troisième camp s’est développé à Monowice (Monowitz, Auschwitz III), à 7 km du camp central. Il accueille l’usine Buna d’IG Farben, destinée à produire du caoutchouc. C’est le prototype d’une production se voulant intégrée au système concentrationnaire.
Au dernier appel, le 17 janvier 1945, il restait 67 000 détenus pour Auschwitz et ses kommandos. Poussés sur les routes par une température de moins vingt degrés, sans nourriture et mal vêtus, des milliers d’entre eux mourront en chemin, exténués, gelés ou assassinés d’une balle dans la nuque. Les survivants iront peupler les K.L. de l’ouest.
Le 27 janvier 1945, il reste environ 5000 détenus pour accueillir la délivrance que leur apportent les soldats soviétiques. Des centaines mourront dans les jours qui suivent la libération.
Entre 1940 et 1945, plus d’un million de personnes sont mortes dans le complexe d’Auschwitz, dont environ 960 000 juifs.
Consulter aussi les dossiers n°41 et n°42 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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BELZEC
Au sud de Sobibor et de Lublin, dans le district de Tomaszow : Belzec.
Belzec détient un effrayant record : celui du rendement. Sur un espace restreint – 257 mètres de long sur 263 mètres de large – 600 000 hommes, femmes et enfants juifs sont assassinés de mars à octobre 1942.
Un bois de pins recouvre maintenant leurs cendres. Sur le terrain nivelé, les S.S, ont planté ces arbres, pensant effacer pour toujours l’incroyable forfait, mais le témoignage de quelques survivants ne l’a pas permis.
Consulter aussi le dossier n°55 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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CHELMNO-KULMHOF
Un vieux château romantique, un parc de 3 hectares de bonne allure mais sans prétention. Sur le perron, quand les prisonniers se présentent, le maître des lieux, le commandant S.S. du camp, accueille ses hôtes et leur tient des propos affables. Tout rassure à Chelmno, voïvodie de Poznan, tout évoque la douceur de vivre.
Du 8 décembre 1941 au 11 avril 1943, on y tue 300 000 juifs de la région du Warthegau, principalement de la ville de Lodz. Plus tard, 5000 tziganes, 16 000 juifs de différents pays d’Europe, de nombreux enfants du village martyr de Lidice en Tchécoslovaquie, disparaissent entre les murailles paisibles du parc de Chelmno. Himmler revendiquera personnellement la responsabilité de l’exécution des juifs du Warthegau. Le camp fut liquidé en janvier 1945. Après la libération, on ne retrouvera que deux survivants.
Consulter aussi le dossier n°55 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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SOBIBOR
Situé dans la région de Lublin, district de Wlodowa, à l’orée d’une forêt de pins clairsemée, Sobibor commence son travail de mort au début mai 1942 puis, de juin à octobre 1943, force la cadence avec 20 convois par mois d’une soixantaine de wagons chacun.
L’installation est encore plus sommaire qu’à Treblinka : un simple moteur alimente les chambres à gaz. Par contre les bûchers d’incinération sont un peu éloignés du camp, des wagonnets les ravitaillent.
Comme ceux de Treblinka, les détenus juifs de Sobibor écrivent une page glorieuse dans l’histoire. Une insurrection dirigée par l’officier soviétique Alexandre Petcherski, éclate le 14 octobre 1943. Elle permet quelques évasions et sera suivie de l’anéantissement progressif du camp qui s’achève en novembre suivant.
Consulter aussi le dossier n°55 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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TREBLINKA
Ce camps est le plus connu et le plus important de l’atroce série, après Auschwitz-Birkenau.
Il est installé dans une lande déserte, au nord-est de Varsovie, district de Sokolow Podlaski.
Deux parties dans le camp : d’un côté, réception des convois. Une équipe de condamnés en sursis est chargée de déshabiller, tondre et dépouiller les victimes, qui sont ensuite poussées dans la chambre à gaz. A l’autre bout du camp, les bûchers et les charniers.
La machine bien huilée se met en marche le 23 juillet 1942 (première arrivée d’un convoi du ghetto juif de Varsovie) et tourne avec une régularité d’horloge jusqu’au 2 août 1943; ce jour-là une révolte des détenus bloque ses rouages en détruisant une partie des installations. Les chambres à gaz n’ayant pas été endommagées, elles poursuivent leur mission d’extermination.
L’administration SS se voit amenée à liquider le camp dont l’activité prendra fin en novembre 1943 après des tentatives pour effacer toutes traces d’activités criminelles. On estime à près de 900 000 le nombre des victimes de Treblinka. Il n’y aura que quelques dizaines de survivants.
Consulter aussi le dossier n°55 du bulletin Mémoire Vivante de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.
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Les centres d’“euthanasie”

Bernburg
Brandenburg
Grafeneck
Hadamar
Hartheim
Sonnenstein

Dans ces centres furent, dès 1939, assassinés des Allemands, handicapés mentaux et physiques, dont la vie était décrétée « indigne d’être vécue ». L’expérience acquise dans ces centres fut mise à profit dans les centres d’extermination.
Une partie des détenus du système concentrationnaire devenus inaptes au travail (code 14 f13) furent gazés dans ces centres.
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