Lu dans la livraison du mois de JANVIER 2006 :
À
la rentrée 1987, Jean-Marie Le Pen sent qu'on ne parle plus guère
de lui. Il prépare un « coup », qui va créer
un scandale. Invité au Grand-Jury-RTL-Le Monde le 13 septembre,
il est interrogé sur les thèses révisionnistes de
Roques et de Faurisson. Il répond qu'il les ignore - ce qui est
faux, vu ses relations avec F. Duprat et les textes parus dans des publications
proches du FN, comme Rivarol, Présent... Il se dit partisan
de « la liberté de l'esprit »... Finalement,
il déclare que les chambres à gaz et les six millions de
morts, sont « un point de détail de la Seconde Guerre mondiale
». Réaction massive de la gauche et d'une partie de la
droite. Des organisations demandent la suppression de l'immunité
parlementaire de Le Pen.
Depuis
sa création, les thèmes fondamentaux développés
par le Front National enchaînent trois points : Nous sommes en insécurité,
la France est en décadence, elle perd son identité ; les
coupables sont avant tout les étrangers, immigrés non-européens
qui nous envahissent, provoquent l'accroissement de la délinquance
- les coupables sont aussi les socialo-communistes (auxquels le FN impute
l'accueil des immigrés), les intellectuels de gauche, l'universalisme
; le remède consiste en un sursaut national, la remise en ordre
et le retour aux valeurs traditionnelles de l'Occident, rendre la France
aux Français, arrêter le chômage en refoulant les immigrés.
Prudent, le FN évite l'antisémitisme qui, depuis la loi Pleven
de 1972, est un « délit ».
Le
13 septembre 1987, condamnation de J.-M. Le Pen par le Tribunal de grande
instance de Nanterre pour sa déclaration du « point de détail
», condamnation qui sera confirmée par la Cour de cassation
le 18 décembre 1995. Le 2 septembre 1988, à l'université
d'été du FN, Le Pen, avec son jeu de mots « Durafour-crématoire
» trahit encore son négationnisme.
L'antisémitisme
et le révisionnisme qui font surface plus clairement dans ses remarques
de moins en moins ambiguës choquent certains membres du parti qui
démissionnent, tel François Bachelot : « Jean-Marie
Le Pen m'a rappelé, dit-il, que le Front National était
là pour prendre une revanche contre l'anti-France, les juifs et
les francs-maçons ».
Le
11 août 1989, interrogé dans Présent sur l'influence
du « lobby mondialiste », le président du FN
cite : « les forces qui visent à établir une idéologie
mondialiste, réductrice, égalitariste. (...) Les grandes
internationales... la Maçonnerie... l'internationale juive jouent
un rôle non négligeable dans la création de cet esprit
antinational ».
Après
ces propos, deux députés, Bruno Chauvière (élu
FN du Nord) et Guy Le Jaouen (Loire) quittent leur parti, car «
ces propos s'inscrivent dans la ligne des thèses qui ont conduit
au génocide ». Malgré ces quelques désaveux,
l'électorat frontiste ne régresse pas. Le Pen subit une série
de condamnations, ce qui ne l'empêche pas d'utiliser sa formule «
les chambres à gaz sont un détail de la Seconde Guerre mondiale
» lors de conférences, entre autres à Munich.
Le
5 décembre, dans un débat sur la 5 où il affronte
Lionel Stoléru, commissaire au Plan, J-M. Le Pen demande à
celui-ci s'il a la double nationalité. Il sous-entend française
et juive. Lionel Stoléru répond qu'être juif n'est
pas une nationalité mais une religion. Le Pen veut ainsi souligner
la présence juive dans le gouvernement. Ses propos sont renforcés
par des déclarations de membres du FN et des publications comme
Présent et National Hebdo (François Brigneau.)
En
avril 1989, le FN se donne un Conseil scientifique et un Institut de formation
nationale. Des universitaires et des chercheurs connus y prennent place,
appartenant souvent au Club de l'Horloge, filiale du GRECE, ou directement
responsables du FN (Yvon Blot et Jean-Yves Le Callou, par exemple). Ainsi
s'établit une liaison entre un parti, le FN, et une association
dont la conception du monde est fondée sur l'inégalité
naturelle, raciale et génétique des sociétés
humaines. En complément, le FN crée une nouvelle revue, Identité,
présentée comme l'expression politique d'un courant de
pensées nationales. Ses nouvelles tactiques élargissent son
travail auprès de l'électorat en se situant dans le domaine
intellectuel des universités et de la culture. Le négationnisme
en est un des outils, mais pas le seul.
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