« Je l'ai fait pour parler à ces jeunes de la Résistance »
Marie-Louise
Kergourlay (Morbihan), résistante, internée :
« Je ne l'ai pas
fait pour répondre à la demande de Nicolas Sarkozy mais pour
parler à ces jeunes de la Résistance. J'ai vécu tellement
de choses abominables que je ne veux pas qu'on les oublie et que ça
se reproduise. J'avais préparé une liste de témoins
pour tous les lycées du Morbihan et moi, je suis intervenue à
Charles-de-Gaulle à Vannes. Après les explications du principal,
j'ai dit aux élèves pourquoi j'avais résisté
et je leur ai raconté mon interrogatoire par les Brigades spéciales.
Puis j'ai lu la lettre de Guy Môquet. Le lendemain dans le journal
Ouest-France une lycéenne disait qu'elle avait été
bouleversée, qu'elle n'avait jamais entendu de témoignage
direct sur cette époque et qu'elle comprenait mieux l'intérêt
de la lettre après ça. »
Yves
Voisin (Sarthe), fils de déportés :
« Discussion très
animée au bureau de l'ADIRP : participer ou non ? Nous nous sommes
finalement mis d'accord pour intervenir mais en parlant du contexte historique
du drame de Châteaubriant. D'une manière générale,
les lycées du département ont pris différentes options
: rendre hommage, ne rien faire, prévoir des témoins un autre
jour ou traiter de Guy Môquet quand la Résistance sera au
programme. Il y a eu quelques cafouillages pour répartir les intervenants.
Personnellement j'ai été contacté par un établissement
du Mans que je connais bien pour avoir amené quelques-uns de ses
élèves à Mauthausen l'an dernier. Nous avions tourné
un petit film qui a été montré deux fois lors de la
matinée du 22 octobre, à 250 puis à 300 élèves
; ceux qui avaient fait le voyage ont expliqué ensuite pourquoi
ils l'avaient fait. La lettre de Guy Môquet, après avoir été
replacée dans l'histoire, a été écoutée
dans un silence impressionnant. Nous avons reçu des propositions
de trois établissements pour organiser dans quelque temps des matinées
consacrées à la Résistance avec des témoins.
Nous avons tellement de mal à aller dans certaines écoles
qu'on ne peut que se réjouir que cette initiative du 22 octobre
ait fait bouger les choses. »
Georges
Babel (Rhône), résistant déporté :
« Je suis allé
témoigner dans une classe de troisième, mais seulement le
23 octobre, à l'initiative d'une enseignante. En fait, j'avais été
sollicité par l'ONAC pour le 22 octobre quelque temps auparavant...
et puis plus de nouvelles. Dans le département nous sommes plusieurs
dans ce cas. Je me suis donc rendu le 23 au lycée Clemenceau à
Lyon. Après la lecture de la lettre, j'ai pris la parole pour raconter
ma résistance et ma déportation et j'ai fait le lien avec
les notions de jeunesse et d'engagement. Les élèves ont été
très attentifs. Je pense que les professeurs qui n'ont pas voulu
participer à l'hommage parce qu'il était imposé, devraient
faire venir des témoins lorsque l'histoire de la Résistance
sera au programme. »
Jean-Claude
Passerat-Palmbach (Puy-de-Dôme), né à Ravensbrück
:
« Je suis allé
au lycée Blaise-Pascal à Clermont avec Yvette Breuil, déportée
à Ravensbrück, et nous avons fait le récit de nos expériences.
Des élèves du club théâtre ont lu la lettre
de Guy et d'autres écrits de résistants. Il y avait une exposition
sur la Résistance prêtée par l'ONAC. Puis dans la salle
de cinéma, un cours magistral a été donné sur
l'histoire de cette période. L'après-midi à Chamalières,
un hommage a été rendu au grand résistant Jacques
Bingen, "mort pour la France" à Chamalières en 1944 et une
jeune fille a rappelé sa vie et son engagement. J'ai trouvé
tout cela très positif. »
Maryvonne
Braunschweig Seine-et-Marne), amie :
« En tant que militante
de la mémoire, présidente des Amis de la Fondation de Seine-et-Marne,
j'ai pris la parole au lycée François 1er de Fontainebleau,
devant une centaine d'élèves et plusieurs élus de
la majorité. J'ai tenu à rappeler clairement qui était
Guy Môquet et pourquoi il avait été interné
et fusillé comme otage. J'ai aussi tenu à parler de résistants
et de déportés de notre département, comme Laurent
Poli, un élève du lycée. Membre d'un maquis FTP, il
a été fusillé à 20 ans dans la forêt
de Fontainebleau. Son nom, avec ceux de tous les anciens élèves
et professeurs morts pour la France, est inscrit sur une plaque au lycée.
Sa s¦ur a pu assister à cette séance qui avait été
placée sous sa présidence. J'ai terminé mon intervention
en disant que les résistants avaient la conviction que ce qui est
légal n'est pas forcément légitime et que pour défendre
ce que leur conscience leur dictait, ils étaient prêts à
braver le pire. »
Georges
Abbachi (Seine-Saint-Denis), résistant, interné :
« Quelle semaine
! Nous avons été tellement sollicités à l'amicale
[de Châteaubriant, Voves, Rouillé], par les médias,
de toutes parts ! Oui, le 22 octobre je suis allé dans une classe
de terminale, à Jules-Ferry à Paris. Le professeur avait
bien préparé les choses et la proviseur m'a dit qu'elle était
fière que son établissement participe chaque année
au Concours de la Résistance et de la Déportation. La lettre
de Guy a du reste été lue par une lauréate de l'an
dernier. Cette lecture nous donne la possibilité de remettre les
choses à plat, d'expliquer pourquoi Guy a été arrêté,
pourquoi il a été choisi comme otage... J'ai raconté
mon propre parcours. La lettre d'Henri Fertet, un jeune résistant
catholique de 16 ans fusillé à Besançon a aussi été
lue, puis le poème d'Aragon, La
Rose et le Réséda... "celui qui croyait au ciel et celui
qui n'y croyait pas..." Les élèves
ont posé beaucoup de questions pertinentes, avec sérieux,
avec le souci de la vérité. »
Hubert
France (Bas-Rhin), PRO :
« L'ONAC du Bas-Rhin
a envoyé une liste d'intervenants à l'Inspection académique
et j'ai été contacté par le lycée professionnel
Henri-Matisse de Schiltigheim, dans la banlieue de Strasbourg. Huit jours
avant j'avais rencontré le professeur d'histoire pour préparer
les deux séances prévues, l'une avec deux classes de BTS
Mécanique générale et une classe de CAP Navigation.
Des volontaires pour lire la lettre se sont manifestés spontanément
et les lectures ont été effectuées dans un recueillement
certain. J'ai parlé de l'interdiction du PC par le gouvernement
Daladier, de ce qui a suivi, de l'action militante de Guy Môquet...
Puis dans un deuxième temps, j'ai évoqué ce que nous
avions vécu en Alsace-Moselle, la germanisation, le refus sanctionné
par la déportation, etc. Le temps a manqué et nous n'avons
pas beaucoup dialogué. Le lycée m'a assuré qu'il me
recontacterait pour d'autres interventions, c'est un résultat positif.
Je pense qu'il ne faut pas se cristalliser sur Guy Môquet. Nous avons
à transmettre beaucoup d'autres choses. »
Alfred
Tarelli (Var), résistant, interné :
« J'ai été
invité à témoigner à Grenoble, là où
j'ai résisté et où j'ai été arrêté.
Je suis intervenu notamment dans un Institut de formation des maîtres
(IUFM) avec d'autres témoins, devant 180 personnes. Une majorité
d'enseignants participait aux travaux. J'ai rétabli l'équilibre
à propos de Guy Môquet et j'ai retracé l'action des
premiers groupes de résistants communistes en 1940. L'accueil a
été bon, professeurs et personnalités ont été
intéressés. »
Catherine
Fétis (Aisne), amie :
« J'enseigne l'histoire
au lycée Jean-de-la-Fontaine de Château-Thierry. Nous avons
eu une réunion syndicale et, finalement, aucune consigne n'a été
donnée, chaque professeur restant libre de son choix. Je n'avais
pas cours ce jour-là mais je n'aurais pas participé de toute
façon à cette opération. La lettre de Guy Môquet
est un texte personnel, très intime, qui n'explique pas la Résistance
; la sortir du contexte historique comme on a tenté de le faire
ne peut qu'entraîner la confusion. Je vois dans cette affaire un
danger de manipulation politique et le risque de glisser dans une sentimentalité
stérile. Je parlerai de Guy Môquet quand la Seconde Guerre
mondiale sera au programme. Le 22 octobre, notre lycée a pourtant
eu sa cérémonie, mais en l'honneur de François-Xavier
Estruch, résistant et déporté [ancien président
de l'ADIRP de l'Aisne]. Un nouveau bâtiment, portant son nom, devait
être inauguré et le proviseur a choisi cette date. Une plaque
commémorative a été dévoilée et la vie
et l'engagement de François-Xavier Estruch ont été
rappelés. C'était une cérémonie qui avait du
sens. »
Propos
recueillis
par
Irène Michine