Concours National de la Résistance et de la Déportation 2000

L'univers concentrationnaire dans le système nazi


Suite de l'article de Pierre Murat, lu dans le numéro spécial Concours du Patriote Résistant de décembre 1999 :

La négation de la dignité humaine

Qu'ils soient destinés à mettre en úuvre la " solution finale " ou à éliminer les opposants au régime et les résistants ou à constituer une réserve de main-d'úuvre corvéable à merci (pour l'économie de guerre allemande), les camps sont le corollaire du totalitarisme et du racisme. Le principe de tous les régimes totalitaires est la négation de la dignité humaine. Non pas " Liberté, Égalité, Fraternité " mais " discipline, uniformité, xénophobie ". Pour les nazis, les non-aryens, les non-germaniques sont des sous-hommes prédestinés à l'esclavage voire à l'élimination pure et simple.

Le KL n'est pas un organisme provisoire mais une institution conçue pour s'intégrer dans la vie sociale de la nation, en temps de paix comme en temps de guerre. La société nazie, dans son ensemble, est une société concentrationnaire, régie par un régime absolument et explicitement antidémocratique. Le camp de concentration est un élément essentiel du système politique nazi. L'autre élément est évidemment la propagande : éducation, conditionnement, dressage. En 1938, on pouvait entendre une Bavaroise morigéner en ces termes son rejeton désobéissant : " Si tu n'es pas sage, on t'enverra à Dachau ! " La menace avait de quoi effrayer.

Les services du général Pohl, grand pourvoyeur en esclaves pour les entreprises du IIIe Reich, avaient calculé qu'un déporté soumis au régime concentrationnaire pouvait (devait !) vivre 270 jours en moyenne. Le but et le plus souvent le résultat du régime disciplinaire des camps est la destruction de la personnalité du déporté (le Häftling), sa dégradation physique et morale. Aucun être humain n'est sorti indemne d'un camp de concentration, en tout cas n'en est sorti tel qu'il y était entré. " À Auschwitz ni l'amour ni la haine ne peuvent te sauver. La porte s'est refermée sur toi ! ", disait un déporté.

Témoin atterré mais lucide de la déchéance à laquelle étaient voués les déportés, Primo Levi (1) traduit en quelques lignes, hallucinantes dans leur sobriété, la pédagogie du mépris appliquée dans les bagnes nazis. Sartre aurait intitulé cette page : " Le regard aliénant et déshumanisant du S.S. ".

(1) Primo Levi : " Si c'est un Homme ". Paris. Éditions Julliard. 1997.
 
 
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