En janvier-février 1943, la répression s'intensifie dans
les départements du Rhin et de la Moselle annexés au
Reich : des milliers de patriotes refusant la germanisation sont arrêtés
avant d'être incarcérés dans des camps spéciaux
en Allemagne, Autriche et dans les territoires occupés de Pologne
et de Tchécoslovaquie.
Ce sont les P.R.O., les Patriotes Résistants
à l'Occupation.
| On les appelle les P.R.O... |
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Ce lundi matin 18 janvier 1943 à 6 heures, "on frappa bruyamment
à la porte. Deux soldats SS en armes et un agent de la Gestapo
font irruption, m'intimant l'ordre de les suivre...". A la gare de
Sarreguemines, Alphonse Reiser embarquera avec des centaines d'autres
Mosellans dans un train spécial pour la Tchécoslovaquie.
Quelques jours plus tard, c'est avec son mari et leur fils de deux
ans que Mme Léonard est arrêtée, avec 800 autres
habitants de son village : "Mon époux avait eu une dispute
avec le maire, explique-t-elle, auquel il avait dit qu'il n'accepterait
rien des Allemands. Le maire l'a inscrit comme étant anti-allemand..."
Durant ce mois de janvier 1943, en l'espace de quelques jours, environ
8 000 "ennemis du Reich", qui refusent de se laisser germaniser,
sont appréhendés en Lorraine mosellane, par familles
entières en général, enfants compris, au cours
d'une vague d'arrestation massive, encore sans précédent.
En Alsace, la répression se durcit également en ce début
d'année. La résistance, en particulier à l'incorporation
dans la Wehrmacht (rendue obligatoire en août 1942 dans les trois
départements annexés) s'accroît, bien que ceux
qui la fuient savent qu'ils risquent la mort. Par une ordonnance du
2 février 1943, l'occupant franchit un nouveau pas dans l'escalade
: il rend collectivement responsables tous les membres de la famille
du fugitif et encourage à la délation... Et pourtant...:
"Cette nuit inoubliable de vent et de pluie du 13 février 1943,
11 jeunes gens du village de Ballersdorf, refusant l'incorporation
de force dans l'armée allemande, essayent de passer la frontière
suisse qui se trouve à 25 kilomètres", raconte Joseph
Grienenberber. "Par malchance, ils rencontrent une patrouille de gardes-frontière
allemands. Coups de feu de part et d'autre, deux jeunes gens tombent
morts. Les autres fuient, se dispersent dans les bois, se cachent et
d'autres rentrent à leur domicile."
Dans les semaines qui suivent, les arrestations, suivies de transferts
dans les camps spéciaux, se multiplient en Alsace, par milliers.
Il faut rappeler que dès l'occupation des trois départements
alsaciens-lorrains en juin 1940, l'Allemagne hitlérienne lancent
une action de germanisation et de nazification intensive, qui a pour
but d'aboutir le plus rapidement possible à une annexion totale
de ce territoire au Reich. Plusieurs milliers de personnes sont expulsées,
jugées indésirables : des juifs, des Nords-Africains,
des "Français de l'intérieur", des tziganes...
L'administration est intégrée à celle de l'Allemagne,
la monnaie allemande est mise en circulation, les noms des localités
sont germanisés, entre autres mesures... La jeunesse fait l'objet
de tentatives d'embrigadement, par le biais de l'école, d'organisations
nazies telles les Jeunesses hitlériennes, ou d'une formation
paramilitaire comme le Service du travail du Reich. Difficile pour
la population, étroitement surveillée, d'organiser une
résistance active. Mais ceux qu'on allait appeler les P.R.O.
sont parmi les premiers à manifester une attitude d'opposition
au régime. En Alsace, le camp de Schirmeck fonctionne dès
juillet 1940 et les premiers convois d'opposants en partiront à
la mi-août 1941 à destination des camps allemands de Schwäbisch
Gmünd et Schelklingen. En Lorraine, un important convoi part pour
l'Allemagne dès le mois de mai 1942.
Les annonces de l'attribution de la nationalité allemande et de
l'incorporation obligatoire dans la Wehrmacht en août 1942 sont
vécues comme un cauchemar. Tandis que quelque 130 000 jeunes
Alsaciens-Lorrains rejoignent la Wehrmacht sous la contrainte, d'autres
réussissent à s'évader, comme nous l'avons vu.
"J'ai été déportée en février 1943...
prise comme otage parce que mon mari, qui aurait dû signer pour
l'armée allemande, s'était enfui en Suisse...", relate
Madame Reitzer. "Nous avons été embarqués [à
la gare d'Altkirch], comme du bétail dans des wagons de marchandises
fermés de l'extérieur. Certains pleuraient, d'autres
criaient : " Vive la France ", d'autres encore ont entonné la
Marseillaise. Et puis ce fut le premier camp, Reute, dans le Wurtemberg,
non loin de Munich. Avec beaucoup d'autres, je suis partie vers la
frontière tchèque, à 50 km de Prague, au bord
de l'Elbe, pour le camp de Bad Schandau. Il regroupait plus de 200
personnes, réparties en trois baraquements..."
La plupart des camps spéciaux, dirigés par des S.S., se composent
de baraques où les conditions d'hébergement, l'hygiène
et la nourriture sont déplorables. On y souffre de la faim,
du froid et de la maladie ; des personnes âgées et des
bébés y meurent. Les hommes et les femmes sont affectés
à des travaux difficiles, le plus fréquemment dans des
usines d'armement ou des mines, jusqu'à 72 heures par semaine.
Souvent, les enfants travaillent aussi, à partir de 13 ou 14
ans. Les tentatives de germanisation et d'incorporation dans l'armée
allemande se poursuivent, en vain, dans ces camps, assorties de menaces,
de brimades ou de pressions morales de toutes sortes. Certains récalcitrants
sont transférés en camp de concentration.
Les camps spéciaux situés à l'Est seront libérés
par l'Armée Rouge en janvier et février 1945 mais, la
guerre se poursuivant, l'attente du retour sera longue. Rassemblés
dans des centres de rapatriement en Pologne ou en Union Soviétique,
beaucoup ne retrouveront leur foyer qu'en août ou septembre 1945.
Ceux détenus dans l'Ouest de l'Allemagne, libérés
en avril 1945 par les troupes américaines, rentreront en juin
et juillet.
C'est par un décret du 27 décembre 1954 que le titre de "Patriote Résistant à l'Occupation des départements
du Rhin et de la Moselle, incarcéré en camps spéciaux" a été attribué aux Français de ces départements
qui, en raison de leur attachement notoire à la France, ont
été arrêtés et détenus dans l'ensemble
de ces camps.
Les témoignages cités sont extraits de "Les Patriotes Résistants à l'Occupation", ouvrage édité par la FNDIRP.