Le Prix Marcel Paul, un véritable encouragement à la recherche
«
En ces temps difficiles où l'enseignement à l'Université
est mis sur la sellette, où le devenir même des sciences humaines
est remis en question, recevoir le Prix Marcel Paul constitue un véritable
encouragement à poursuivre cette recherche »,
remarquait Corinne Benestroff, premier prix 2009, lors de la cérémonie
de remise du Prix Marcel Paul le 21 octobre dernier. Son mémoire
de Master 2 traitait de «
L'imagination de l'inimaginable : interrogations sur la résilience
et la Résistance (L'Écriture ou la vie, de Jorge Semprun)
». Quelques instants plus
tard, Émilie Jouand, 2e prix, constatait à son tour que «
cette distinction m'aidera à continuer mes recherches sur l'internement
des Tsiganes en France ». Elle avait consacré son mémoire
de Master 1 à « L'internement
des nomades en Loire-Inférieure : les camps de la Forge et de Choisel,
novembre 1940 - mai 1942 ».
Encourager
la recherche universitaire et l'écriture de l'Histoire, tel est
effectivement l'objectif du Prix Marcel Paul depuis sa création
et cette vocation a été réaffirmée au cours
de la 22e remise du Prix. Celle-ci s'est déroulée à
l'École des hautes études en Sciences sociales (EHESS), où
la FNDIRP a été accueillie, au nom de son président
François Weil, par Marc-Olivier Baruch, directeur d'études
- un historien proche des préoccupations de la Fédération
puisqu'il est l'auteur d'une thèse de doctorat et d'un ouvrage sur
l'administration en France occupée et qu'il fut à ce titre
entendu comme expert lors du procès Papon.
La
cérémonie était placée sous les patronages
de Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur
et de la Recherche, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture
et de la Communication, Hervé Morin, ministre de la Défense,
et Hubert Falco, secrétaire d'État à la Défense
et aux Anciens Combattants. M. Falco, qui avait envoyé une lettre
à la FNDIRP la félicitant pour «
le travail de mémoire qu'elle accomplit depuis plus de 60 ans et
qui se matérialise depuis plus de 20 ans par le Prix Marcel Paul
», avait finalement tenu à
venir en personne saluer la Fédération à l'EHESS avant
le début de la cérémonie, ne pouvant s'attarder en
raison d'un agenda chargé.
De
nombreuses personnes s'étaient rassemblées pour ce grand
rendez-vous de la rentrée et, parmi elles, l'écrivain Joseph
Bialot, rescapé d'Auschwitz, Odette Christienne, conseillère
de Paris, correspondant Défense du maire de Paris, Danièle
Gioli-Gauvrit, directrice de cabinet de Catherine Vieu-Charier, adjointe
au maire de Paris, chargée de la mémoire et du monde combattant,
Christian Léourier, sous-directeur de l'action culturelle et éducative
à la DMPA, Pierre Bayard, directeur de recherche de Corinne Benestroff
à Paris VIII. Et beaucoup de représentants d'associations
de la Résistance et de la déportation, beaucoup d'adhérents
et d'amis, tous chaleureusement salués par Maurice Cling, membre
de la présidence et président du jury du Prix.
Maurice
Voutey, président délégué de la FNDIRP, retraça
l'histoire du Prix, créé à l'initiative de Marie-Elisa
Cohen et Yves Boulongne, et celle, exemplaire, de Marcel Paul, l'enfant
trouvé qui devint ministre de la République. Il évoqua
également la mémoire de Suzanne Barès-Paul, la compagne
de Marcel Paul récemment disparue.
Porte-parole
du jury, qui a examiné cette année dix mémoires de
Master 1 et 2, Loïc Damiani-Alboukheir a ensuite présenté
les deux travaux primés, expliquant que celui d'Émilie Jouand
avait su montrer l'engrenage de l'internement des nomades en Loire-Inférieure,
leur déplacement de camp en camp, une nouvelle illustration de «
la complémentarité criminelle de l'action des autorités
occupantes et de l'administration française ».
Quant à l'étude de Corinne Benestroff, réalisée
à partir de L'Écriture
ou la vie de Semprun, elle fait
« émerger des vérités
profondes qui interrogent, au-delà de Semprun, le lecteur sur ce
qui constitue l'essence même de l'Humanité. Corinne Benestroff
dresse un inventaire précis des mécanismes et des facteurs
complexes de résilience, depuis l'intérieur de la vie concentrationnaire
jusqu'au travail de reconstruction mené durant des décennies
après guerre par ce survivant de Buchenwald ».
Les
deux lauréates prirent ensuite la parole, Corinne Benestroff déclarant
que sa recherche « a tenté
le pari d'une lecture plurielle naviguant entre des champs théoriques
différents : histoire, psychanalyse, littérature, pour approcher
l'imagination de l'inimaginable. Car, plus de 60 ans après la libération
des camps, l'énigme reste intacte, brûlante, se dérobant
sans cesse à notre entendement. »
Émilie Jouand a pour sa part évoqué avec empathie
le sort tragique des nomades détenus dans les pires conditions entre
autres au camp de la Forge à Moisdon-la-Rivière et plaidé
pour une large reconnaissance de l'internement des Tsiganes, qui reste
tabou en France.
La
cérémonie s'est achevée par une magnifique interprétation
de chants et musiques tsiganes d'Europe orientale par l'ensemble Balkansambl,
dirigé par José Ponzone, une prestation assurée gracieusement
car « pour la bonne cause
» ! Chanteurs et musiciens
exprimèrent de manière poignante le génocide dont
furent victimes les Tsiganes sous le IIIe Reich mais charmèrent
également l'auditoire avec des mélodies plus légères
et toujours d'une grande beauté.