LE PATRIOTE RÉSISTANT


Lu dans la livraison du mois de FÉVRIER 2006 :



Nous publions la troisième partie de l'étude de Marie-José Chombart de Lauwe sur les falsificateurs de l'histoire qui depuis 1945 cherchent à réhabiliter le nazisme. Après avoir exposé dans le PR de janvier les thèmes et cibles des négationnistes jusqu'en 1990, elle poursuit ici ses observations de la scène négationniste de 1990 jusqu'à ces derniers mois.

Réhabilitation du nazisme :  des voies multiples depuis 60 ans
3e partie : sur la scène négationniste de 1990 à 2005 


Àla fin du XXe siècle, les divers falsificateurs de l'histoire poursuivent leurs activités et cherchent de nouvelles voies et cibles. De la première génération, seul Henri Roques se manifeste encore, Maurice Bardèche, Paul Rassinier et Thies Christophersen sont décédés. La deuxième génération conserve comme chef de file Robert Faurisson, dont le parcours est jalonné de nombreuses activités, conférences, etc., et d'une suite d'affaires judiciaires. Des rencontres internationales ont encore lieu, avec A. Butz (États-Unis), W. Stäglich (Allemagne), R. Harwood (Grande-Bretagne), E. Zündel (Canada) puis David Irving (Grande-Bretagne). L'Italien Carlo Monttogno cherche à établir que les fours crématoires de la firme TOPF, étudiés par Claude Pressac, ne peuvent avoir été utilisés pour des gazages « homicides ».
La classification par génération, en fonction de la date de naissance, semble parfois arbitraire. Ainsi, la troisième génération est composée de négationnistes nés à partir de 1940. Le représentant le plus connu de cette tranche d'âge, Pierre Guillaume, soutient R. Faurisson depuis le début des années 1980. Serge Thion, chercheur au CNRS (né en 1942), s'inscrit dans la même orientation d'ultra-gauche (cf. PR de janvier).
En revanche, à la période contemporaine, de jeunes négationnistes élargissent leur champ d'action. Ils s'implantent sur le terrain local, comme l'Association normande pour l'éveil du citoyen (ANEC), ou créent un outil pour soutenir les négationnistes condamnés par application de la loi Gayssot (1), l'ANIV (Amnistie nationale pour les internés et les victimes de la loi Gayssot). Les responsables de l'ANEC, Vincent Reynouard et Rémi Pontier, viennent d'un groupe néo-nazi, le Parti nationaliste français et européen (PNFE). Pierre Costa, ingénieur à l'EDF, appartient au Front national. Il use de sa spécialité de physicien pour tenter de démontrer l'impossibilité technique des chambres à gaz. Les deux créateurs de l'ANEC sont aussi trésorier et secrétaire de l'ANIV.
L'ANEC publie un bulletin, Nouvelle Vision. Dès le premier numéro, en juin 1990, Vincent Reynouard prend des positions « post-révisionnistes ». Il donne au « révisionnisme » un sens plus large qui dépasse le seul « révisionnisme historique », lequel devrait s'étendre à toutes les époques, et pas seulement à la Seconde Guerre mondiale. Il s'attaque à toutes les lois qui, à ses yeux, interdisent l'expression des idées « au nom des faux crimes »...
Une autre Revue d'histoire révisionniste, dirigée par Henri Roques, donne une large place au compte rendu des activités internationales des négationnistes. Ces diverses publications sont généralement interdites de diffusion, mais circulent jusqu'à leur disparition et leur remplacement. Il en va de même pour les divers groupes qui dissous, se reconstituent, d'où l'intérêt de suivre la carrière des négationnistes à travers les avatars des associations.

Reynouard, un activiste du négationnisme



Le cas de Vincent Reynouard intéresse particulièrement les anciens déportés, puisque celui-ci est allé jusqu'à contredire les témoignages qu'ils font devant les élèves. En 1990, étudiant en sciences à Caen, il diffuse avec Rémi Pontier des tracts sur le campus universitaire et dans des établissements secondaires : « Faut-il brûler les négationnistes ? » et « Testez-vous », questionnaire sur la réalité des chambres à gaz. La FNDIRP et SOS-Racisme portent plainte. Il n'a que 22 ans, il devient un activiste de la falsification de l'histoire. Avant même son procès, il envoie à des lauréats du Concours national de la Résistance et de la Déportation des documents pour leur faire découvrir « un autre aspect de la vie concentrationnaire ». En 1991, il est condamné ainsi que Rémi Pontier à une peine d'amende et de prison avec sursis. En faisant appel, la condamnation est confirmée. Cette affaire mobilise l'ensemble des négationnistes, de Faurisson à Pierre Guillaume.
En 1995, Vincent Reynouard publie un livre, Les Crimes libérateurs contre la paix, où il affirme que l'histoire de l'entre-deux-guerres doit être révisée et que Hitler n'a pas voulu conquérir l'Europe. Il prépare ensuite un ouvrage pour démontrer que le massacre d'Oradour-sur-Glane ne serait qu'une mise en scène. Il a obtenu un poste de mathématiques-physique dans un lycée professionnel du Calvados. Mais des passages de ce futur ouvrage ainsi que deux textes négationnistes sur le génocide des juifs sont découverts sur le disque dur de l'ordinateur du lycée. En 1996, Vincent Reynouard est suspendu d'enseignement par le Rectorat de l'Académie de Caen et, en 1997, le ministre de l'Education nationale, François Bayrou, le révoque définitivement. Il va poursuivre une carrière de militant très actif, publiant son livre Le massacre d'Oradour, un demi-siècle de mise en scène, interdit en 1998, puis une cassette vidéo qui est interdite de vente sur tout le territoire national en octobre 2001. Lui-même est jugé et condamné, mais il fait appel (2).
Demeurant vigilants, les Amis de la Fondation pour la Mémoires de la Déportation, dont une militante s'est
portée partie civile, la FNDIRP et les Amis du musée de la Résistance du département de la Haute-Vienne, veillent au maintien de la mémoire d'Oradour (3). Jean-Jacques Fouché, commissaire de l'exposition permanente du Centre de la mémoire d'Oradour, historien, publie un excellent ouvrage, Oradour, qui décrit avec rigueur la réalité du massacre (4).

La propagande massive du VHO



Cependant, Oradour n'est pas la seule cible de Vincent Reynouard, qui travaille avec la Fondation européenne pour le libre examen historique (VHO) - Recherche historique libre. Cette organisation belge flamande au départ, a été créée en 1985. Son dirigeant, Siegfried Verbeke, est un des principaux porte-parole du courant négationniste en Europe. Parmi ses fondateurs, il y a des membres du parti d'extrême droite flamand, le Vlaams Block, dont son président André Van Hecke. Le VHO appartient à l'internationale négationniste. Siegfried Verbeke est aussi cofondateur du parti d'extrême droite Vlaams Belang, ex-Vlaams Blok (5). Le VHO produit et diffuse une masse énorme de documents. Il a été l'objet de perquisitions avec saisies de documents, ses responsables ont encouru des condamnations.
Avec Siegfried Verbeke travaille également son frère Herbert ; c'est lui qui a interviewé Vincent Reynouard dans la brochure : Les Camps de concentration allemands 1941-1945, Mythes propagés et réalités occultées, diffusée dans les établissements scolaires durant l'année 1999-2000. Ce texte typiquement négationniste montre des photos de déportés en bonne santé, les autres photos étant qualifiées de truquées. Les déclarations des témoins sont démontées, et d'autres sont citées qui confirment leur thèse, comme celles contenues dans le témoignage d'une soi-disant déportée polonaise médecin, qui aurait à Auschwitz mis au monde 300 bébés (et même 3 000, peut-on lire plus loin !), sans aucun décès ! Alerté par les déportés, le ministre de l'Éducation nationale saisit et interdit la brochure.
Deux ans plus tard, deux ouvrages arrivent dans des lycées : La Controverse sur l'extermination des juifs par les Allemands, tome I : L'Examen des preuves, et tome II : Réalités de la « solution finale ». Ces livres sont signés Jean-Marie Boisdefeu et proviennent du VHO. Ils sont accompagnés d'une lettre adressée au directeur de l'établissement, émanant d'une « Fondation pour la Mémoire de la Déportation » dont la dénomination est complétée par « ...de ses martyrs et de ses Héros », sur papier à lettres de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, reproduisant son logo et ses références ; seule l'adresse a été changée. Elle est signée de la présidente, dont le nom est un peu modifié : Marie Chambart de Mauwe, et la signature exacte. Naturellement la circulation de ces livres a été stoppée et j'ai porté plainte auprès du procureur de la République.
Le VHO se tient au courant des activités de la FMD. Il a lu un numéro de Mémoire et Vigilance, bulletin des Amis de la Fondation (AFMD), citant une conférence où je dénonçais ces méthodes. Il s'en justifie en se référent aux méthodes de la Résistance : « Marie-José Chombart de Lauwe s'offusque face aux ruses qui ont pu être employées afin de diffuser les écrits révisionnistes (rédaction de fausses circulaires, copies de logos, etc.). Nous lui rappelons que la Résistance et les services secrets anglais ont agi ainsi pendant la guerre, imprimant de faux journaux, de fausses lettres, etc. Ce sont les procédés habituels de la "propagande noire" » (Sans concession, n° 11, mars 2005).
Dans ce numéro de Sans concession, revue du VHO, Herbert Verbeke rend hommage à Ernst Zündel, « ce général d'armée, héroïque révisionniste », qui a été « déporté vers l'Allemagne, son pays d'origine », par les États-Unis. Le 8 novembre 2005, Zündel a comparu devant le tribunal de Mannheim. C'est aussi à Mannheim que Fred Leuchter (auteur d'un « rapport » niant les chambres à gaz dans les années 1980), avait été inculpé et écroué en 1994. Il avait été mis en accusation par le parquet de cette ville, suite à des réunions en Allemagne, où il niait le génocide, incitant à la haine raciale et « portant atteinte à la mémoire des morts » (6).
À son tour, Siegfried Verbeke a été arrêté en Hollande le 5 août 2005. Il fait l'objet d'un mandat européen lancé en juillet 2004 par le parquet de Mannheim, qui demande son extradition.
 

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