LE PATRIOTE RÉSISTANT


Lu dans la livraison du mois de FÉVRIER 2006 :



 

Garaudy et l'antisionisme


Durant les années 1990 également, les actions des négationnistes vont s'étendre à deux secteurs particulièrement sensibles. Plusieurs affaires dévoilent l'implantation d'une extrême droite négationniste dans une université, Lyon III (cette question sera développée dans le prochain numéro du PR). Et le monde arabe va être sensibilisé au négationnisme par les positions antisionistes de Roger Garaudy.
En 1995, ce dernier publie un document, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne à la Vieille Taupe, qui est ainsi relancée. Il y dénonce le « mythe théologique » (la terre promise aux juifs), « les mythes du XXe siècle » (le génocide) et l'« utilisation politique du mythe », le « lobby juif » l'exploitant, affirme-t-il, au profit de l'État d'Israël. Ce philosophe a suivi une trajectoire plutôt chaotique. Né en 1913, agrégé de philosophie, il a été d'abord membre du Parti communiste dont il est exclu en 1970. Il glisse vers l'extrême droite et participe à des colloques du GRECE (Groupement de recherches et d'études pour la civilisation européenne). C'est la guerre du Golfe qui déclenche cette évolution : il s'affirme antisioniste, anti-israélien. Son parcours religieux est aussi sinueux : de parents athées, il se convertit adolescent au protestantisme, passe par le catholicisme, puis, en 1982, annonce sa conversion à l'islam.
En 1996, Roger Garaudy circule dans plusieurs pays arabes. Dans son ouvrage, réédité et traduit dans plusieurs langues dont en arabe, il demande la révision du procès de Nuremberg et s'appuie sur David Irving. Il cite aussi le rapport Leuchter. Cette affaire fait grand bruit, d'autant plus que R. Garaudy reçoit le soutien d'un ami de longue date, et qui l'est resté, l'abbé Pierre, qui s'en prend au « mouvement sioniste avec ses puissants chefs ». Lors de son procès pour « complicité de contestation de crimes contre l'humanité », R. Garaudy bénéficie de l'appui de journaux arabes. Pourtant, certains intellectuels arabes le critiquent : « L'idée d'exterminer les juifs ne porte-t-elle pas en elle le germe de l'extermination de toute autre race ou peuple ? » (Liban). Au Maroc l'entrée d'une université lui a été interdite (7).
Robert Garaudy est condamné lors de son procès en première instance, à Paris (27 février 1998), à une amende de 120 000 francs pour « contestation de crimes contre l'humanité » et « diffamation à caractère racial ». Jugé en appel en octobre suivant, il soutient les mêmes thèses.
Profitant des conflits au Moyen-Orient, le négationniste Jürgen Graf en fuite a trouvé refuge à Téhéran. À Berne, le département fédéral des Affaires étrangères a lancé un mandat contre lui, le 16 février 2001. Mais il n'y a pas de traité d'extradition entre la Suisse et l'Iran. Dans Le Monde du 18-19 février 2001, le journaliste Jean-Claude Buhrer constate qu'est publié à cette époque, dans le journal Teheran Times, une
série de seize articles intitulés « Une conspiration sioniste : le mensonge d'Auschwitz ». Bientôt deux organisations négationnistes, la Suisse « Vérité et justice », que préside J. Graf, et l'Institut for Historial Review (IHR) annoncent qu'une conférence se tiendra à Beyrouth du 31 mars au 3 avril 2001 : « Des chercheurs et activistes révisionnistes célèbres de différentes nationalités doivent y participer », proclame le site Internet de l'IHR où l'on précise qu'ils viendront d'Europe, des États-Unis et du Proche-Orient. Alors quatorze intellectuels arabes « indignés par cette entreprise antisémite » lancent un appel pour la dénoncer et la faire interdire (8). Le Premier ministre libanais déclare qu'une telle réunion visant à contester l'ampleur de « l'Holocauste » durant la Seconde Guerre mondiale ne sera en aucun cas autorisée. Les ambassadeurs et délégués arabes auprès de l'UNESCO saluent cette décision et publient un communiqué : « Cette décision est conforme à l'esprit de cohabitation millénaire entre les Juifs et les Arabes, elle vise à préserver de toute altération une mémoire commune fondée sur cette cohabitation et sur la contribution reconnue de la communauté juive à l'épanouissement de la civilisation arabo-islamique » (9).
Dans le monde musulman, comme en Iran actuellement, les charges contre l'État d'Israël vont cependant continuer à s'appuyer sur la négation du génocide des juifs.
 

Carpentras... Münch et toujours M. Le Pen...



D'autres affaires ont ému l'opinion au cours des années 1990. Ainsi en mai 1990, la profanation du cimetière juif de Carpentras soulève un tollé, une vaste manifestation mobilise une foule nombreuse. Les enquêtes pour retrouver les coupables sont menées sans succès dans différents milieux de la ville. Finalement, on découvre une équipe de néo-nazis, admirateurs de Hitler, qui ont voulu faire un coup d'éclat contre le 8 mai ou pour commémorer la mort du Führer. C'est seulement en 1997 qu'ils sont arrêtés et jugés.
Pendant que se poursuit l'affaire Garaudy, les déclarations d'un ancien médecin SS, le Dr Münch, qui n'a aucunement mauvaise conscience, prouvent la réalité des gazages à Auschwitz. Après avoir témoigné dans l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, Münch a été interrogé à la radio française (1998). Il déclare qu'il a collaboré à Auschwitz avec Joseph Mengele, qu'il est allé voir la sélection sur la rampe. « Étant donné les conditions dans le camp, sélectionner les gens était une méthode humaine. (...) Les laisser crever dans le camp était certainement plus inhumain ». « On se fait très vite à vivre tout tranquillement à un endroit où des centaines de milliers de gens sont gazés. Cela ne m'a pas pesé. » « Éliminer les juifs, c'était, à ce moment-là, le métier des SS ». « Le matériel humain, c'était des femmes qui sans cela auraient été gazées.Je pouvais faire sur des humains des expériences qui sinon ne sont possibles que sur des lapins. C'était un travail important pour la science » (10). Naturellement, les associations de déportés ont porté plainte.
En 1997, Jean-Marie Le Pen a, encore une fois, réitéré ses propos sur les chambres à gaz, « point de détail » de la Seconde Guerre mondiale, à Munich, le 5 décembre. Une nouvelle affaire aboutit à sa condamnation par le tribunal de grande instance de Nanterre. Il doit verser le franc de dommages et intérêts à 11 des parties civiles et verser une somme de 300 000 francs pour la publication de son jugement dans la presse. D'autres membres du FN sont également condamnés, par exemple en 1994 et 1996, Jean-Claude Varanne, directeur de National Hebdo, et deux de ses journalistes, Martin Pelletier et François Brigneau, pour « contestation de crimes contre l'humanité ».
M. Le Pen poursuit quant à lui ses provocations tentant toujours de faire parler de lui... Au début de 2005, année du 60e anniversaire de la fin des camps et de la victoire sur le nazisme, il déclare que « l'occupation allemande en France n'a pas été particulièrement inhumaine, même s'il y a eu des bavures, inévitables dans un pays de 500 000 kilomètres carrés ». Il doute du « drame d'Oradour », il décrit la Gestapo comme une police protectrice de la population (11). Dans un communiqué commun du 13 janvier, la Fondation de la Résistance et la Fondation pour la Mémoire de la Déportation «... dénoncent avec la plus extrême fermeté cette ignominie et appellent les Français à se souvenir des innombrables victimes assassinées, torturées ou déportées du fait de cette organisation criminelle. » Dans le même temps, la FNDIRP « clame son indignation et réaffirme sa volonté de barrer la route aux provocations des dirigeants du Front national ».
 

Persistance de l'action violente


Les activistes de l'extrême droite violente font de nouvelles apparitions, de façon spectaculaire en 2002 : Maxime Brunerie, néo-nazi du groupe Unité radicale tente d'assassiner le président de la République pendant le défilé du 14 juillet. Cet homme de 25 ans est passé par plusieurs formations extrémistes. Partant du mouvement skinhead, il participe au groupe de « rock identitaire » Bleu-Blanc-Rock. Comme Vincent Reynouard, il fait un passage au PNFE. Il tente de se présenter à une élection municipale sur une liste du MNR, le Mouvement national républicain de Bruno Mégret.
Unité radicale, créée en 1998, veut rassembler l'ensemble des organisations d'extrême droite. À la tête du mouvement, on trouve alors d'anciens membres du GRECE, de l'Action française et du Front national de la jeunesse (FNJ). Unité radicale possède sa maison de disques, un site Internet et des petits journaux. Elle organise des réunions publiques, tient ses « Assises de la radicalité » (22 septembre 2001, Paris). D'un nationalisme exacerbé, anti-immigration, antijuif : « Notre combat est antidémocratique, antirépublicain. Il faut nous débarrasser de la République française », « Un bon juif est un juif mort. » « Allez foutre le bordel partout (...) » (12), elle pousse à la violence et prépare des attentats.
Dissoute le 6 août 2002, Unité radicale s'est tout de suite reconstituée sous les noms de Bloc identitaire et de Jeunesses identitaires. Dès le 9 novembre, un large rassemblement des extrêmes droites en marge du FN et du MNR a créé la « Maison de l'identité », salle Wagram. Les forums et les stands y exposent les publications habituelles et des documents négationnistes et racistes. Le 7 décembre, les Jeunesses identitaires organisent à Lyon un meeting sur le thème « Immigration ? Invasion ? La jeunesse européenne dit non ! ».
Un an plus tard, le 15 novembre 2003, au palais des congrès de Versailles se tient la deuxième fête de « l'identité et des libertés ». Cette fois, la « Maison de l'identité » regroupe à la fois le Front national de la jeunesse et de jeunes skinheads du mouvement le plus dur, « Blood and Honor », admirateur de Hitler (12).
Rappelons encore qu'en Alsace, le 31 juillet 2004, près de 300 néo-nazis se réunissent à Hipsheim (Bas-Rhin). Dans cette région, plusieurs actions de néo-nazis ont été signalées, croix gammées sur des monuments, tombes souillées...Un rapport est demandé aux Renseignements généraux (DCRG) sur ces groupes. Il est remis à la mi-janvier 2005 au ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin, qui proposera au conseil des ministres leur dissolution et des mesures empêchant leur reconstitution sous de faux noms.
Seule une partie des diverses actions visant à la réhabilitation du nazisme, et des ripostes qui leur ont été apportées, heureusement, durant la période considérée, ont été exposées dans ces pages. Nous poursuivrons leur description dans les prochaines éditions du Patriote Résistant.

Marie-José
Chombart de Lauwe


(1) Votée le 13 juillet 1990, la loi Gayssot ajoute à la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse un nouvel article par lequel la contestation du crime contre l'humanité devient une infraction.
(2) En juin 2004, la Cour d'appel de Limoges condamnait Reynouard à six mois de prison ferme (et dix-huit avec sursis) pour « apologie de crime de guerre ». Mais en avril 2005, la Cour de cassation annulait la condamnation au motif que Reynouard n'aurait pas fait l'apologie de ce crime de guerre, qu'il l'aurait seulement « contesté » - la loi ne réprimant que la contestation du crime contre l'humanité et l'apologie de crimes de guerre (NdR).
(3) Par exemple « La nouvelle condamnation de Vincent Reynouard sera-t-elle dissuasive ? », Le Patriote Résistant, janvier 2004.
(4) Oradour, Ed. Liana Levi, 2001.
(5) Jean-Yves Camus (coordonné par), Extrémistes en Europe, CERA (Centre européen de Recherche et d'Action sur le Racisme et l'Antisémitisme), Ed. de l'Aube, 1997.
(6) Ras l'Front janvier 1994.
(7) Le Monde 13 janvier 1998.
(8) Le Monde 16 mars 2001.
(9) Le Monde 28 mars 2001.
(10) Presse Nouvelle Magazine janvier 1999.
(11) Le Monde (Entretien avec l'hebdomadaire négationniste Rivarol, 13 janvier 2005, Christiane Chombeau).
(12) Le Monde 16 juillet, 17 juillet, 30 juillet et 7 décembre 2002.
 
 
 

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