Thème du Concours National de la Résistance et de la Déportation pour l'an 2000 :
L'univers concentrationnaire dans le système nazi
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intégrante du système totalitaire nazi. Quels furent les causes, le fonctionnement
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Lu dans le numéro spécial Concours du Patriote Résistant :
Nous posons deux questions importantes, qui reviennent souvent quand
on parle du système concentrationnaire nazi.
Ce système représente-t-il un phénomène
unique dans l'histoire ? Et peut-on désigner les autres lieux de
détention qui fonctionnèrent dans le Reich hitlérien
et les pays qu'il occupait comme des camps de concentration ? Réponses
de Maurice Voutey.
Les spécificités du système concentrationnaire nazi
Les premiers " camps de concentration " naquirent en Afrique
du Sud, il y a tout juste cent ans, à l'occasion de la guerres des
Boers (1899-1902).
La fin de la guerre des Boers, si elle s'accompagna de
la dissolution de ces premiers camps, n'entraîna pas la disparition
de ce nouvel instrument qui, hors des prisons à capacité
limitée, permettait de maintenir derrière des barbelés
un nombre important d'opposants avérés ou potentiels. Voire
une main-d'úuvre corvéable à merci. A la fin du XXe siècle,
on a le regret de constater que le phénomène concentrationnaire
s'est malheureusement inscrit dans la durée...
Cette pérennité n'a pas entraîné
la reproduction pure et simple du modèle créé au début
du siècle. Il se trouve donc posé une double question.
Après l'usage qu'en ont fait les nazis, est-il
possible de comparer les camps qu'ils ont ouverts aux camps qui ont sévi
ici ou là, avant, pendant et après la dictature hitlérienne,
et ce malgré la diversité des conditions qui leur ont donné
naissance et la sévérité plus ou moins grande des
régimes qui y ont été appliqués ?
Est-il légitime de recourir à un seul vocable
pour désigner les uns et les autres ?
Double question qui, en réalité, se ramène
à une seule et qui, pour être valablement posée, dans
le simple souci de sa pertinence et de sa valeur descriptive, doit être
dégagée de toute arrière-pensée politicienne.
Le seul fait que, pour évoquer simultanément
Dachau, Sachsenhausen, Mauthausen, Auschwitz..., nous nous sentions tenu
de préciser les camps de concentration nazis montre qu'à
l'évidence il est ancré dans les consciences que le phénomène
n'est pas unique, qu'il a existé d'autres camps de concentration
que ceux sur lesquels régnait la S.S., qu'il en existe d'autres.
Il n'est donc pas sacrilège d'établir des comparaisons entre
les réalités que recouvre la même expression, c'est-à-dire
de dégager des ressemblances et de distinguer des différences.
Des comparaisons qui seules permettent d'établir des spécificités.
Si nous réfléchissons à ce qui permet
de caractériser le système concentrationnaire nazi, nous
sommes conduit à constater, en premier lieu, qu'il s'agit justement
d'un système : c'est-à-dire que, après la remise en
ordre de 1934 et la disparition des camps sauvages, nous n'avons plus à
faire à des improvisations anarchiques destinées à
faire face, dans l'urgence, à une situation militaire, politique
ou sociale exceptionnelle.
Le système concentrationnaire nazi est une institution
stable mûrement réfléchie. Il s'agit là d'un
premier facteur de spécificité qui permet de distinguer les
camps du système nazi de ceux d'Afrique du Sud et de ceux qui, dans
des conditions données, naquirent ici ou là, mais qui disparurent
spontanément lorsque fut résolue la crise qui leur avait
donné naissance. Une distinction qui n'abolit pas les ressemblances
formelles entre les uns et les autres.
Le deuxième facteur de spécificité,
c'est que le système concentrationnaire nazi n'apparaît pas,
au contraire du Goulag stalinien, comme la monstrueuse, secrète
et difficilement imaginable perversion d'une utopie libératrice,
mais qu'il est fondamentalement lié à une conception du monde,
à une conception raciale de l'humanité et que, dans la presse
et dans les discours officiels nazis, il fut publiquement affirmé
comme un instrument normal de gouvernement. Le camp de concentration, avec
sa population de " sous-hommes " voués à l'esclavage, apparaît
comme une espèce d'image en négatif par laquelle prend toute
sa valeur et peut prospérer l'élite positive des " surhommes
" S.S. de race pure. La société nazie, dans sa pratique et
dans ses mythes, était inconcevable sans son système concentrationnaire
parfaitement intégré dans l'inconscient de la masse de la
population qui, tout en semblant " ignorer Dachau ", savait que le camp
existait.
Troisième et dernier facteur de spécificité
: le système concentrationnaire nazi, ainsi intégré
au cúur même de la société, est indissociable d'un
certain nombre d'autres pratiques. Il convient, dans cette optique, de
ne pas l'envisager isolément des autres camps nazis hors système,
et de le replacer au sein d'un ensemble de crimes qui participent de la
même idéologie, qui, souvent sont réalisés par
un personnel interchangeable, qui sont intégrés fondamentalement
dans un même projet de société. Les génocides
sauvages ou organisés bien sûr : nous avons vu que, par la
mise en place d'un centre de mise à mort à Auschwitz, ils
étaient liés au système concentrationnaire proprement
dit. Mais aussi ce que l'on néglige souvent, les stérilisations
forcées d'une partie de la population allemande jugée indigne
de se reproduire et qui furent imposées à plusieurs centaines
de milliers d'individus, la prétendue euthanasie des malades et
des impotents, qui, sous sa forme organisée, fit environ 70 000
victimes, le nombre des victimes de l'euthanasie sauvage, de l'euthanasie
par privation d'aliments, celle qui fut instaurée lorsque les protestations
de certains médecins, des familles et de quelques autorités
ecclésiastiques obligèrent à renoncer à l'euthanasie
première manière, ce nombre ne pouvant être aisément
déterminé.
Le système concentrationnaire nazi, par sa conception,
par sa parfaite intégration à la société, est
un phénomène original.
Resterait, bien sûr, à envisager, pour établir
une comparaison qui ne soit pas désincarnée, à prendre
en compte l'homme lui-même, l'homme plongé dans l'enfer des
camps. Ceux du IIIe Reich et ceux d'ailleurs... Isolement presque toujours
et presque partout. Faim et promiscuité bien souvent. Mauvais traitements
fréquemment... À des degrés divers, certes, mais le
pire n'étant pas le plus improbable.
Spécificité du système concentrationnaire
nazi, mais qui doit aider à prendre conscience que, par-delà
les différences avec des pratiques qui eurent cours ici ou là,
il y a une limite aux violations des droits de l'homme qu'il est intolérable
de laisser franchir.
C'est le sens de l'appel qui fut lancé par les
détenus à la libération des camps : Plus jamais ça
!
Ce texte est issu de Les camps
nazis. Des camps sauvages au système concentrationnaire, 1933-1945
" que la FNDIRP vient de publier.