Le Patriote Résistant
de décembre1991 publiait un article chapeauté par cette présentation
:
"Grande première
en France : une formation d'une semaine à temps plein, consacrée
à la Déportation.
Un événement
que le journal ne pouvait pas manquer."
Ainsi était
présentée une initiative qui depuis a largement fait la preuve
de son utilité.
Explications
de Jean Lestoc.
| Un stage pour devenir témoin des témoins |
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Le premier stage qui était organisé à l'initiative de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation et l'IFOREP (Institut de formation, de recherche et de promotion des personnels des industries électriques et gazières) s'était déroulé du 21 au 25 octobre 1991, avec la participation de 17 stagiaires. Moyenne d'âge, la trentaine. Christian Arnould à l'époque formateur à l'IFOREP, s'était battu pour faire aboutir l'initiative. Aujourd'hui retraité mais toujours animateur des stages, il explique : "Effectivement en 91, j'étais responsable de formation et je voulais créer les conditions de l'organisation d'un stage régulier sur la mémoire de la Déportation. Cela me paraissait indispensable dans le contexte de l'époque. Les témoins devaient pouvoir s'exprimer dans le cadre organisé et studieux d'une formation spécifique. Je ne dis pas qu'aboutir a été facile, mais depuis 91, un stage a pu être organisé chaque année, avec une vingtaine de personnes en moyenne. Notre record : 30 participants en 1997. "
Nous sommes en Alsace, à Kaysersberg, dans un centre de vacances de la CCAS, le comité d'entreprise des agents d'EDF-GDF. C'est ici que se déroule le stage. Autour de nous, des conversations animées se déroulent. Le repas vient de s'achever, c'est l'heure du café. J'entends Emile Torner, déporté, raconter un épisode de son périple dans les camps. Des questions fusent, précises. Plus loin, Charles Pieters -autre déporté- parle de la vie quotidienne à Buchenwald. A ses côtés, il y a Marie-Jo Chombart de Lauwe et Jean Villeret, ancien du Struthof et qui a guidé la visite des stagiaires en ce lieu où tant de ses copains ont péri. Marie-Jo est venue parler des femmes et des enfants dans les camps, mais aussi des négationnistes. Elle dit : "Un tel stage permet vraiment un échange et une réflexion commune. On ne reste pas à la surface des choses."
"C'est l'intérêt d'un stage en internat", précise Christian Arnould. "Les gens sont ensemble pendant 5 jours entiers. Ils écoutent les intervenants, interviennent eux-mêmes et peuvent poursuivre la discussion pendant les repas ou encore au bar." Ouvert le 19 octobre et clos le 23, les participants ont pu entendre Maurice Voutey évoquer le système concentrationnaire nazi, Jean Vigreux le contexte historique général, Catherine Breton les séquelles, tandis que Robert Créange soulignait l'importance de la mémoire, de la solidarité, de la résistance, des serments des camps, les déportés présents intervenant pour préciser tel ou tel point, éclairer des aspects parfois méconnus de la déportation.
"C'est la première fois qu'il y a autant de stagiaires qui ne travaillent pas à EDF", m'apprend avec satisfaction Christian Arnould. Il ajoute : "La proportion est de deux tiers un tiers." Trois sont enseignants, un travaille au musée de la Déportation et de la Résistance de Tarbes, il y a quelques jeunes retraités, les uns et les autres arrivent de la région parisienne, du Vaucluse, de Toulouse, de Franche-Comté, de Seine-Maritime, de Charente-MaritimeÖ Pour les deux jeunes femmes venues de ce dernier département, un motif de satisfaction supplémentaire : ce sont des déportés qui leur ont offert le stage. "Une idée à approfondir et à concrétiser ailleurs", m'indique Christian Arnould qui ajoute en souriant : "Lorsque j'avais parlé de l'idée d'un tel stage à Marie-Claude Vaillant-Couturier qui était à l'époque Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, elle m'avait questionné un peu inquiète: "On peut parler d'un tel sujet pendant une semaine? Et moi j'avais répondu : Si on veut que la parole des témoins soit transmise, il faut bien apprendre et comprendre la période. Elle participa au premier stage et je crois qu'elle a été convaincue."
Depuis 1991, 168 personnes ont suivi la formation. Un grand motif de satisfaction. D'autant plus, que bien souvent les stagiaires deviennent par la suite des militants de la mémoire. Cette année, 10 sont adhérents de l'Association des Amis de la Fondation, deux ayant adhéré sur place. D'autre part, il semble bien que le besoin de formation soit de mieux en mieux ressenti : "Nous avons désormais des demandes régionales", se félicite Christian Arnould. Il nous parle de la région lyonnaise où une initiative s'est déroulée sur deux week-ends, de La Rochelle qui a déjà réalisé un stage d'une semaine, et souligne que beaucoup de personnes intéressées peuvent difficilement se libérer à temps plein, ce qui nécessite des aménagements d'horaires et de dates : Le week-end? Le soir? Pendant les vacances scolaires?
Dernière séance du stage. Dans la salle une inscription sur un panneau : "La mémoire ne vaut que si elle engage le présent et prépare l'avenir." C'est l'heure du bilan, le moment de préciser ce qu'a apporté le stage à chacun. François, Geneviève, Jean, Claudie, Marie, Michel et tous les autres vont dire en quelques phrases ce qu'ils retiendront de cette semaine si particulière dans leur vie. "Complément de mes connaissances", dit l'un. - "Je suis inquiète pour l'avenir, ajoute un autre et ce stage m'a donné des arguments contre la haine". - "J'ai trouvé beaucoup de réponses à des questions que je me posais", affirme un troisième. - "J'ai un peu cerné ce que je pouvais faire à mon tour pour faire partager les connaissances acquises ici", précise un quatrième. Le mot qui revient le plus souvent est : enrichissant. La volonté unanime qui se dégage des propos : ne pas en rester là. Une enseignante considère que ce type de formation peut être intégré dans les lycées et collèges et demande qu'un chef d'établissement scolaire soit invité au prochain stage. Un agent EDF souhaite que les moyens de financement soient trouvés afin que toute personne qui le demande puisse pouvoir participer.
Il ne faut surtout
pas tourner la page. C'est évident pour tous. "On
retrouve pas mal d'anciens stagiaires parmi les militants de l'Association
des Amis de la Fondation", m'indique Christian Arnould. C'est la démonstration
de la force de cette formationÖ et la preuve qu'il faut aller plus loin.
"Moi qui participe pratiquement chaque année, je peux témoigner
de l'efficacité de l'initiative", me dit Marie-Jo Chombart de
Lauwe qui est, comme chacun sait, présidente de la Fondation pour
la Mémoire de la Déportation.
Jean Lestoc
Pour tous renseignements sur les stages
de formation "pour la mémoire de la déportation", écrire
à Christian Arnould, Amis de la Fondation pour la Mémoire
de la Déportation, 31 bd Saint-Germain, 75005 Paris.